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Par Jacques Nikonoff

Le 20 octobre 2016.

Le débat entre les 7 candidats à la primaire de la droite et du centre, jeudi 13 octobre sur TF1, a confirmé le sens général des programmes des candidats, ce que l’on savait déjà. Aucune différence essentielle n’a été relevée entre eux. On comprend pourquoi, car tous les participants ont été membres des mêmes gouvernements avec Monsieur Sarkozy entre 2007 et 2012, sauf Monsieur Poisson. Il s’agissait, sur le plateau, d’une assemblée de comparses jouant chacun leur partition, les ambitions personnelles prenant le pas sur la confrontation des idées et des programmes.

Il ne fait désormais plus aucun doute que les qualifiés pour le deuxième tour de la primaire seront, selon un sondage Sofres, Monsieur Juppé qui a largement devancé Monsieur Sarkozy. Leur programme, c’est du Hollande. Qui lui-même a fait du Sarkozy. C’est-à-dire donner aux riches en prenant aux pauvres. On ne peut donc pas parler d’ « alternance » entre la gauche et la droite, mais de rotation. On prend les mêmes et on recommence pour faire pareil. On tourne en rond, ils sont, sur l’essentiel, d’accord sur tout.

 

Nous avons assisté à un concours Lépine pour savoir qui trouverait les meilleures astuces afin de convaincre les Français qu’il faut encore se serrer la ceinture.

Ce qui est fascinant, c’est que tout ce beau monde n’a tiré aucune leçon de l’échec des gouvernements Sarkozy, ni de celui de Monsieur Hollande qui a fait la même politique qu’eux. À part Monsieur Poisson, tous les candidats ont été ministres et sont solidairement responsables de la débâcle sarkozyste.

Les conditions sont donc réunies pour la poursuite de l’augmentation du chômage et, plus généralement, de la déliquescence de notre pays. Nous avons vu une collection d’esprits aplatis présentant des catalogues à la place de programmes

Quelle vision ont-ils de l’avenir de la France ? Quelle place de l’État et du marché ? Que faire de l’Union européenne ? Comment résister à la mondialisation ? Comment prendre à bras le corps les questions climatiques et environnementales ? Comment améliorer notre modèle social ?… Aucune réponse n’a été apportée à ces questions essentielles.

 

L’Union européenne a surplombé tous les débats

Si l’Union européenne n’a été que très peu citée, elle était pourtant omniprésente. Car c’est au nom des contraintes européennes que les tours de vis supplémentaires proposés par la droite et le centre sont justifiés. Tous sont des adeptes de l’Europe punitive. Tous alimentent son rejet.

Dès lors, aucun candidat n’a protesté contre le détournement de la démocratie par l’application de règles automatiques comme le respect des critères de Maastricht par exemple, qui empêche la souplesse, la flexibilité et l’adaptation à la situation concrète. La droite et le centre veulent la « flexibilité » pour les entreprises, ils la refusent pour l’Union européenne.

Personne, non plus, n’a rappelé que dans les années 1950, la construction européenne s’est faite sur l’annulation des dettes, principalement celles de la France et de l’Allemagne, afin d’investir dans l’avenir. Cet exemple historique ne suscite aucune envie, chez les candidats de la droite et du centre, d’utiliser les mêmes outils pour sortir notre continent du marasme.

Bien au contraire, Messieurs Juppé et Sarkozy ont plébiscité les politiques qui perdent, celles que l’Union européenne mène depuis des années, celles qu’ils ont menées au gouvernement entre 2007 et 2012, celles menées par Monsieur Hollande depuis 2012.

Tous veulent donc une baisse des dépenses publiques estimée entre 85 et 100 milliards d’euros sur 5 ans. Les effectifs de la fonction publique seraient réduits de 300.000 postes. Ils n’ont pas donné le détail, mais vont-ils réduire les effectifs de police, de gendarmerie, de l’armée, de la justice, des hôpitaux, des agents municipaux… ?

Les deux veulent faire 2 milliards d’économie par an sur la dégressivité des allocations-chômage, mesure misérable s’il en est.

Pourtant, malgré ces baisses massives des dépenses publiques, le déficit budgétaire resterait au-dessus de 3%. Comment expliquer ce mystère ? Parce que tous s’appuient sur des « dérapages » budgétaires, provoquant une augmentation du déficit public.

C’est la raison pour laquelle les deux principaux candidats sont très discrets sur la réduction des déficits public car c’est pour eux le prix à payer pour les cadeaux à leur électorat le plus fortuné : suppression de l’impôt sur la fortune, baisses massives d’impôts pour les grosses successions, les hauts revenus et les gros actionnaires… Ils achètent les voix de leur électorat à prix d’or.

Monsieur Sarkozy, toujours dans la délicatesse, ajoute une baisse de la prise en charge des soins par l’Assurance-maladie (de 76% en moyenne à 73%).

 

Le programme Juppé-Sarkozy provoquera une nouvelle augmentation du chômage

Il y a longtemps que les hauts responsables politiques de gauche comme de droite ont cessé de réfléchir au chômage, sur ses véritables causes et sur les moyens de le faire disparaître définitivement. Ils ont trouvé une formule qui, à leurs yeux, explique tout : les « charges patronales ». Ainsi le chômage serait provoqué par le niveau trop élevé des impôts et cotisations sociales pesant sur les entreprises. Par conséquent la solution serait simple, il suffirait de « baisser les charges » pour combattre le chômage. Cette ritournelle, obsessionnelle, est un virus qui a été inoculé chez beaucoup de citoyens par une propagande massive et permanente. Comme le public a été « retourné », pourquoi changer de discours ?

Pourtant, des décennies de politiques de « baisse des charges » ont montré leurs résultats calamiteux.

Ainsi le taux de chômage était de 7% fin 2007, il est de 10% fin 2016, soit une hausse de 50%. Cette hausse massive, dont les gouvernements de droite et de gauche sont responsables, n’a pas été provoquée par une augmentation brutale des « charges ». Au contraire puisque chaque année est marquée par un nouveau record du montant des baisses de « charges ». Elle n’est pas due, non plus, à une soudaine « rigidité » du marché du travail. L’explosion du chômage depuis 2008 est due pour beaucoup aux politiques d’austérité impulsées par Bruxelles avec l’accord des pays membres. On comprend pourquoi les candidats de la droite et du centre veulent garder le CICE, comme les socialistes, cette usine à gaz inefficace et coûteuse.

Monsieur Juppé veut un « allègement » pour les entreprises de 21 milliards d’euros, battu par Monsieur Sarkozy qui dégaine 34 milliards. Tout cela étant payé par les économies de personnel dans la police, la justice, l’Éducation nationale, les hôpitaux…

 

Tous veulent nous faire travailler plus pour gagner moins

Les deux principaux candidats veulent remettre en cause les 35 heures de travail par semaine, même si les modalités peuvent varier entre eux.

De la même manière, tous veulent relever l’âge légal de départ à a retraite : 65 ans pour Monsieur Juppé à partir de 2018, 64 ans pour Monsieur Sarkozy avec un premier palier à 63 ans en 2020. Ils veulent également la suppression des régimes spéciaux.

 

Tous veulent baisser les impôts de leurs clientèles électorales : les plus aisés

La fiscalité sur le capital est toujours un indicateur fiable de l’empathie sociale des responsables politiques. Avec le programme Juppé-Sarkozy nous ne sommes pas déçus.

Le cas le plus emblématique est celui du « Prélèvement forfaitaire libératoire » (PFL). Rappelons que le PFL est le prélèvement qu'un contribuable peut choisir à la place de l'impôt sur le revenu (à barème progressif) pour s'acquitter de l'impôt qu'il doit à raison des revenus de ses placements. Rare mesure positive de Monsieur Hollande, l’alignement de l’imposition du capital sur celle du travail (en 2013), le PFL a ainsi été quasiment supprimé car il n’est désormais accessible que pour les ménages déclarant des revenus d’épargne (intérêts, dividendes, plus-values mobilières, etc.) inférieurs à 2.000 € par an. Pour les autres les revenus financiers seront soumis au barème.

 

Taux de la fiscalité des placements, applicables au 01/01/2016.
Placements Durées de détention Prélèvements sociaux Fiscalité Option Prélèvement Libératoire (1)
Livrets épargne fiscalisés - 15,50 % 24,00 % 39,50 %
Livret A, LDD, Livret jeune et LEP - 0 % 0 % 0 %
Assurance-Vie (2) Moins de quatre ans 15,50 % 35,00 % 50,50 %
Au-delà de huit ans et de l'abattement 15,50 % 7,50 % 23,00 %
Comptes rémunérés - 15,50 % 24,00 % 39,50 %
Obligations - 15,50 % 24,00 % 39,50 %
PEA (Plan Épargne en Actions) (3) Moins de deux ans 15,50 % 22,50 % 38,00 %
Au-delà de cinq ans 15,50 % 0,00 % 15,50 %
Bourse, dividendes et plus-values (hors PEA) - 15,50 % 21,00 % 36,50 %
Immobilier (plus-values) (4) Moins de cinq ans 15,50 % 19,00 % 34,50 %
Après 22 ans 15,50 % 0,00 % 15,50 %

Messieurs Juppé et Sarkozy veulent en effet remettre en cause l’alignement de la fiscalité sur le capital sur le barème de l’impôt sur le revenu qui place à égalité travail et capital. Pour le PFL Monsieur Juppé propose 35,5% (y compris les prélèvements sociaux), encore une fois battu par Monsieur Sarkozy qui annonce 26% sur les dividendes et les intérêts (y compris les prélèvements sociaux).

Monsieur Juppé propose un impôt sur les sociétés à 30% et à 24% pour PME. Le taux normal est actuellement de 33,33%. En réalité il est beaucoup moins élevé car il faut retrancher les dizaines de milliards reçus essentiellement par les grandes entreprises au titre de subventions publiques et d’aides diverses. N’oublions pas non plus l’ « optimisation fiscale » qui rend les taux officiels d’impôts inopérants. Il ajoute, pour payer tout cela, entre autres, une hausse de la TVA de 1% qui sera essentiellement payée par les ménages modestes et les classes moyennes.

Bien sûr, Messieurs Juppé et Sarkozy sont pour la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF).

Bref, ce n’est pas avec ce programme que la vie de la population va s’améliorer, bien au contraire.

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