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Par Jacques Nikonoff

Le 29 décembre 2016.

J’ai analysé avec soin le texte ci-dessous, intitulé « La démocratie et la souveraineté populaire contre l’échec de l’intégration néolibérale européenne et de l’euro » qui annonce le lancement d'un réseau européen pour un « Lexit » (Left Exit sortie de gauche).

Que des personnes se réclamant de la gauche affirment leur volonté de sortir de l’euro et de l’Union européenne est une initiative qui mérite d’être saluée, tellement elle est peu fréquente. Mais leur démarche reste enfermée dans l'idéologie européiste, prône le fédéralisme en abandonnant l’Europe des nations, trouve des excuses à la reddition du Premier ministre grec Tsipras, veut réactiver un clivage gauche-droite artificiel, et ne se prononce pas sur les modalités pratiques d’un Lexit, question pourtant essentielle.

 

En restant muet sur la nécessité d’un Lexit unilatéral, pays par pays, ce texte accrédite implicitement la thèse du changement de l’Union européenne depuis l’intérieur. Cette démarche n’est donc qu’un leurre. La solution n'est pas dans un Lexit illusoire, mais dans un processus de large rassemblement populaire pour la démondialisation. Néanmoins, je suis prêt à débattre avec eux.

C'est la première fois que des personnalités de gauche, à l'échelle européenne, collectivement, se prononcent pour la sortie de leurs pays de la zone euro. Pourtant, la plus grande partie de la gauche européenne, peut-être plus encore que la droite, est à l'origine du monstrueux système de l'Union européenne et de sa monnaie unique l'euro.

Ce sont bien les socialistes français François Mitterrand et Jacques Delors qui ont accéléré l'intégration européenne néolibérale avec l'Acte unique en 1986, et qui ont œuvré pour créer les conditions de la mise en place de l'euro avec le traité de Maastricht en 1992. Ce sont eux qui ont joué un rôle majeur dans le traité constitutionnel européen en 2004 qui visait à graver les politiques néolibérales dans le marbre des traités.

Qu'il se trouve, désormais, des personnalités de gauche pour se démarquer de l'euro et de l’Union européenne qui restent, quasi-unanimement, soutenus par tous les partis de gauche et de l'extrême-gauche, est une avancée indéniable. Néanmoins, ce document est frappé de deux limites fondamentales qui lui interdisent de constituer la base sur laquelle se rassembler pour libérer les peuples.

Un document largement prisonnier de l'idéologie européiste

Si je partage beaucoup d'aspects de l'analyse qui est faite de l'euro, je suis en profond désaccord sur des points essentiels

. 1)- L’euro n’est pas le résultat « d’une architecture de l’union monétaire mal pensée dès l’origine ».

L’euro, dès le départ, a été utilisé pour forcer l’union politique. Les oligarques européens, ne parvenant pas, dans les années 1970 et 1980, à avancer suffisamment vite vers l’union politique, ont considéré que la mise en place d’une monnaie unique, par la convergence monétaire et économique qu’elle supposait, pousserait à la convergence politique. Ce choix a été fait alors que les conditions pour créer une « zone monétaire optimale » n’étaient pas réunies.

On ne peut donc pas dire, comme dans ce document, que « La crise de l’euro est le produit d’une architecture de l’union monétaire mal pensée dès l’origine ». D’ailleurs, les auteurs du texte se contredisent eux-mêmes un peu plus bas quand ils affirment que « rien de cela n’est arrivé par la faute d’un imprévisible défaut de construction de l’eurozone ».

2)- Le gouvernement du Premier ministre grec de Syriza, Monsieur Tsipras, avait le choix

Je considère comme insupportable d’écrire, comme le fait ce texte, que « lorsque le gouvernement Syriza a tenté de mettre en œuvre son programme, plus encore après le NON au référendum, il a été défait par la Banque centrale européenne qui l’a forcé au mémorandum ». Certes, bien évidemment, le gouvernement grec a subi d’immenses pressions. Mais ce que nous disent les signataires de ce texte, est finalement que Monsieur Tsipras n’avait pas d’autre choix, puisque la BCE l’a « forcé au mémorandum ».

Autrement dit, les signataires ne se rendent pas comptent qu’ils expliquent en fait qu’il ne peut y avoir de Lexit puisqu’il suffit que la BCE « force » tel ou tel État à accepter l’austérité pour que les choses se fassent. C’est très inquiétant pour la suite, et m’incline à penser que le Lexit n’est que la tentative de généraliser la stratégie perdante suivie par Syriza.

3)- Le fédéralisme contrevient à la souveraineté populaire et nationale

Ce projet plaide pour « la possibilité d’un État fédéral européen démocratique qui ne reconduise pas les relations de domination entre les actuels États-membres, appellerait une authentique société civile européenne qui n’existe pas pour l’heure et qu’on ne fera pas advenir par décret. » Ainsi l’Europe des nations est abandonnée, une improbable « société civile européenne » est appelée à remplacer la souveraineté populaire.

4)- L’exigence de souveraineté nationale n’apparaît jamais

Ce texte, en omettant la revendication de la souveraineté nationale, se situe dans le sillage classique de l’idéologie européiste.

5)- La nécessité de sortir de l’Union européenne est ignorée

La lutte pour la sortie de l’euro est un premier pas encourageant. Mais que vaudrait la sortie de l’euro sans sortir de l’Union européenne ? Rester dans l’Union européenne signifie accepter le libre-échange, la libre circulation des mouvements de capitaux, le principe suprême de concurrence libre et non faussée, le lien avec l’Otan… Le Lexit ainsi conçu est incapable de résoudre les problèmes au sein de l’Union européenne, particulièrement le chômage, à propos duquel rien n’est dit.

6)- La nature du système de l’Union européenne n’est pas même évoquée

Ne pas dire que le système de l’Union européenne a été mis en place sous l’impulsion des dirigeants des États-Unis pour éliminer la souveraineté des nations européennes afin de les contraindre à mener des politiques atlantistes et néolibérales, est une grave faute politique pour des personnes qui se réclament de la gauche.

Un document qui enferme le rassemblement contre l’euro aux personnes de gauche

1)- Recréer un clivage gauche-droite sur l’euro est illusoire

Le document explique que « La non-viabilité de l’eurozone est désormais un fait établi. Tôt ou tard se présentera la grande alternative de la sortie : par la droite ou par la gauche, chacune évidemment avec des effets très différents pour les différentes classes sociales. » Le document ne donne aucun contenu à cette « sortie par la gauche ». Ce n’est que du verbe, une tentative de recréer artificiellement un clivage gauche-droite disparu depuis longtemps.

2)- Prétendre que le Lexit est la bonne perspective est une impasse

Affirmer que « Le Lexit est l’option des stratégies d’émancipation et de dépassement de l’intégration néolibérale » ne fait que réduire la mobilisation à ceux, de moins en moins nombreux – à juste titre – qui se détournent de la gauche. C’est une stratégie dont l’échec est déjà annoncé.

3)- Les signataires ne mettent pas la coordination européenne anti-euro comme une référence

Ce geste traduit le sectarisme de la démarche.

Il faut le rassemblement pour la démondialisation

Non seulement je ne m’associe pas à ce Lexit vide de contenu, mais je le combats comme un énième leurre. La gauche – comme la droite – est discréditée. Elle a épuisé ses forces propulsives. Elle ne représente en aucun cas un clivage entre classes sociales. Il faut dépasser ce clivage artificiel et le remplacer par le seul clivage désormais pertinent : celui entre classes dominantes et classes dominées, entre les puissants et le peuple. Telle est, à mon sens, la perspective politique ouverte, porteuse d’avenir, qui peut mobiliser les peuples des pays européens.

Jacques Nikonoff.

La démocratie et la souveraineté populaire contre l’échec de l’intégration néolibérale européenne et de l’euro

Ce document a été élaboré en commun par les membres du réseau Lexit. Il a été rédigé et validé collectivement avant le référendum sur le Brexit et n’avait aucune intention d’influencer le vote populaire de quelque manière.

Avec le marché unique et le Traité de Maastricht, l’intégration européenne s’est constituée comme un projet néolibéral de long terme. Le « pacte de stabilité et de croissance », les libertés du marché unique et l’Union monétaire ont établi un cadre qui a nourri les politiques d’austérité, le démantèlement des droits sociaux et de la protection sociale, et imposé la privatisation à tous les États-membres.

Contrairement à l’idée d’une Union européenne comme espace neutre, les événements qui ont suivi la Grande Récession de 2007-2009 ont montré que le projet d’intégration européenne était défini par la nature régressive de ses traités, et par une radicalisation sans précédent de son caractère néolibéral. Des relations hiérarchiques inégales entre le centre et la périphérie ont été longtemps un trait caractéristique de l’intégration européenne, mais qui, après la Grande Récession, aura culminé dans la domination de l’Allemagne sur les orientations des politiques économiques. Les développements réglementaires qui ont accompagné l’installation de l’eurozone et les mesures prises en réponse à la crise de l’euro, sous la forme de l’imposition de règles toujours plus strictes et de structures de gouvernance toujours plus illégitimes, ont approfondi l’autoritarisme néolibéral de l’intégration européenne. Il faut donc se rendre à l’idée que ce projet d’intégration est devenu une menace pour la démocratie et la souveraineté populaire.

L’euro, une monnaie à crises

La crise de l’euro est le produit d’une architecture de l’union monétaire mal pensée dès l’origine, préoccupée seulement d’austérité et de désinflation. Au lieu de conduire à un processus de convergence économique et sociale des États-membres, le développement économique réel (en termes de salaires et de productivité) a engendré toujours plus de divergence. L’union monétaire a finalement donné lieu à d’énormes déséquilibres macroéconomiques (creusant notamment les déficits des balances courantes, pas seulement dans ladite « périphérie », mais également en France et en Italie, avec pour contrepartie d’énormes excédents en Allemagne et quelques autres pays). Il s’en est suivi dans un premier temps des flux de capitaux depuis le centre vers la périphérie de la zone, flux à bas taux qui ont nourri des bulles spéculatives financières et immobilières, et qui ont également gonflé l’endettement tant public que privé.

L’un des facteurs importants de ces déséquilibres réside dans l’effort de l’Allemagne de réduire son coût du travail par la restructuration des chaînes de valeurs de ses secteurs exportateurs via le travail bon marché des pays d’Europe de l’Est et une stratégie de dumping salarial, fiscal et social.

Il en a résulté, pour les économies moins bien placées, une très forte pression à « la compétitivité » sur « leurs » secteurs industriels et tertiaires. Le cadre même de l’union monétaire interdisant de recourir à l’ajustement de change, ces économies n’ont plus eu d’autre recours que la « dévaluation interne ». Soit concrètement : le démantèlement de l’État social, la privatisation à grande échelle des services publics, le dumping salarial, social et fiscal, les attaques contre la négociation collective, les tentatives de briser les syndicats, le procès et la destruction de la fonction publique.

L’euro, un outil au service du capital financier

Il est important de souligner que rien de cela n’est arrivé par la faute d’un imprévisible défaut de construction de l’eurozone. L’euro fonctionne parfaitement au regard en tout cas des intentions de ses architectes néolibéraux. Il ne travaille pas à quelque forme d’équilibre, de croissance et de plein-emploi. Il œuvre à la destruction des droits sociaux, des systèmes de sécurité sociale, des secteurs publics, de la taxation des profits, et impose le sauvetage public des banques privées.

Et voilà comment l’euro fonctionne en termes politiques : il entraîne les États dans la spirale à la baisse des guerres de compétitivité, où la position de chacun ne peut être « améliorée » que par la mise en place de politiques conduites au détriment de la majorité des populations et au seul bénéfice du capital international. Dans cette spirale à la baisse, salaires, pensions, prestations sociales, emploi et investissement publics sont tous envoyés par le fond.

Comme l’ont clairement montré les événements de Grèce en 2015, la structure de gouvernance de l’eurozone est hermétiquement fermée aux politiques qui expriment démocratiquement le mandat de la majorité de la population si ces politiques contreviennent à l’agenda néolibéral. Lorsque le gouvernement Syriza a tenté de mettre en œuvre son programme, plus encore après le « non » au référendum, il a été défait par la Banque centrale européenne qui l’a forcé au mémorandum.

L’euro, une mauvaise idée qu’on ne sauvera pas

Comme il l’a été montré par d’innombrables auteurs, la zone euro ne satisfait aucun des réquisits d’une aire monétaire fonctionnelle, et il est impossible d’imaginer qu’elle les satisfasse dans quelque avenir. Une telle aire monétaire, avec des structures économiques et des niveaux de productivité très disparates, comme c’est le cas de l’eurozone, nécessiterait pour réduire ses déséquilibres internes des transferts financiers intrazones massifs, que des travaux sérieux estiment à près de 10% du PIB européen, un niveau qui est non seulement inenvisageable politiquement, mais également indésirable en soi  : comme tous les précédents de l’eurozone l’ont établi, les pays donateurs useraient de cette position pour prendre la main sur les politiques intérieures des pays receveurs, à l’encontre de toute démocratie.

Ces dernières années ont suffisamment montré comment de telles situations ruinent la souveraineté populaire, montent les peuples européens les uns contre les autres, et ouvrent des boulevards aux extrêmes-droites xénophobes.

À la fin des fins, la possibilité d’un État fédéral européen démocratique qui ne reconduise pas les relations de domination entre les actuels États-membres, appellerait une authentique société civile européenne qui n’existe pas pour l’heure et qu’on ne fera pas advenir par décret.

Lexit, la solution pour combattre le néolibéralisme et restaurer la démocratie

Sur ce fond alarmant de de destruction des droits démocratiques, de démantèlement des États providences et de privatisation des communs, les forces d’émancipation en Europe doivent proposer des alternatives opérationnelles crédibles, reposant sur le principe fondamental de la souveraineté populaire, contre l’actuel projet d’intégration néolibérale-autoritaire. C’est pourquoi le Lexit (Left Exit) est notre outil pour reconquérir la démocratie.

L’essor alarmant des extrêmes-droites dans la plupart des pays d’Europe se nourrit entre autres de leur position contre l’Union européenne et son système de gouvernance. Leurs propositions politiques sont des impasses : les forces de la droite anti-euro réclament par exemple davantage de contrôle sur les flux migratoires sans rien remettre en cause de la mobilité des flux de capitaux vers les pays qui pratiquent le dumping salarial compétitif. À les en croire, il suffirait de s’en tenir à l’arrêt de la libre circulation des personnes et à l’abandon de l’euro, qui rendrait les changes aux forces de marché – synthèse de cauchemar qu’on pourrait nommer le « néolibéralisme xénophobe ».

Si nous voulons éviter ce scénario, nous devons aller au Lexit : une alternative internationaliste reposant sur les principes de souveraineté populaire, de fraternité, de droits sociaux, de défense des travailleurs et des communs.

La non-viabilité de l’eurozone est désormais un fait établi. Tôt ou tard se présentera la grande alternative de la sortie : par la droite ou par la gauche, chacune évidemment avec des effets très différents pour les différentes classes sociales. Le Lexit est l’option des stratégies d’émancipation et de dépassement de l’intégration néolibérale.

La discussion a déjà commencé et des propositions sont déjà sur la table : nous invitons tous ceux qui partagent ce désir du Lexit à rejoindre nos débats et nos actions.

________________________________                                                                                                                                ________

Premiers signataires

•              Tariq Ali, author and filmmaker, UK

•              Jorge Amar, Asociación por el pleno empleo y la estabilidad de precios, Spain

•              Prof. em. Yangos Andreadis, Pantheion University, Greece

•              Cristina Asensi, Democracia Real Ya and Money Sovereignty Commission, Spain

•              Prof. Einar Braathen, Oslo and Akershus University College, Norway

•              Prof. Lucio Baccaro, Université de Genève, Switzerland

•              Gina Barstad, No to the EU and Socialist Left Party, Norway

•              Luís Bernardo, Researcher, Portugal

•              Simon Brezan, 4th Group of United Left, Slovenia

•              Prof. Sergio Cesaratto, University of Siena, Italy

•              Prof. Massimo D’Antoni, University of Siena, Italy

  • Alfredo D’Attorre, MP Sinistra Italiana, Italy

•              Fabio De Masi, MEP GUE/NGL, Germany

•              Klaus Dräger, former staff of the GUE/NGL group in the EP, Germany

•              Stefano Fassina, former Vice-Minister of Finance, MP Sinistra Italiana, Italy

•              Prof. Scott Ferguson, University of South Florida, United States

•              Prof. Heiner Flassbeck, Hamburg University and Makroskop, Germany

•              Kenneth Haar, Corporate Europe Observatory, Denmark

•              Idar Helle, De Facto, Norway

•              Inge Höger, MP Die Linke, Germany

•              Prof. Martin Höpner, Max Planck Institute for the Study of Societies, Germany

•              Dr. Raoul Marc Jennar, Political scientist and author, France

•              Dr. Lydia Krüger, Scientific Council of Attac, Germany

•              Kris Kunst, Economy for the people, Germany

•              Wilhelm Langthaler, Euroexit, Austria

•              Prof. Costas Lapavitsas, SOAS University of London, UK

•              Frédéric Lordon, CNRS, France

•              Stuart Medina, Asociación por el pleno empleo y la estabilidad de precios, Spain

•              Prof. William Mitchell, Director of Centre of Full Employment and Equity, University of Newcastle, Australia

•              Joakim Møllersen, Attac and Radikal Portal, Norway

•              Pedro Montes, Socialismo 21, Spain

•              Prof. Andreas Nölke, Goethe University, Germany

•              Albert F. Reiterer, Euroexit, Austria

•              Dr. Paul Steinhardt, Makroskop, Germany

•              Steffen Stierle, Attac and Eurexit, Germany

•              Jose Sánchez, APEEP, Anti-TTIP Campaign, Attac, Spain

•              Gunnar Skuli Armannsson, Attac, Iceland

•              Petter Slaatrem Titland, Attac, Norway

•              Dr. Andy Storey, University College Dublin, Ireland

•              Prof. Wolfgang Streeck, Max Planck Institute for the Study of Societies, Germany

•              Diosdano Toledano, Plataforma por la salida del euro, Spain

•              Christophe Ventura, Memoire des luttes, France

•              Peter Wahl, Weed e.V., Scientific Council of Attac, Germany

•              Erik Wesselius, Corporate Europe Observatory, Netherlands

•              Prof. Gennaro Zezza, Università di Cassino e del Lazio Meridionale, Italy  

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