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Par Jacques Nikonoff

Le 13 avril 2016.

Conséquence de la reddition du gouvernement grec du 13 juillet 2015 après la trahison d’Alexis Tsipras le Premier ministre, c’est dans la nuit du lundi 10 au mardi 11 août 2015 que les « négociateurs », dans un « climat apaisé » (le gouvernement grec a jeté l’éponge), ont trouvé un accord (le gouvernement grec, la Commission européenne, la Banque centrale européenne, le Mécanisme européen de stabilité financière et le Fonds monétaire international).

 

Afin de lui permettre de rembourser ses créanciers dans les trois années qui suivent, la Grèce va encore recevoir des prêts se montant à environ 86 milliards d’euros. Mais en contrepartie, le gouvernement grec de Syriza devra saigner encore davantage le peuple. Le journal l’Humanité est enthousiaste ! Certes, écrit-il, l’UE « dicte ses conditions », mais « Athènes obtient des concessions » ! Ouf, on avait eu peur ! En fait nous assistons à une convergence tragique entre la droite, la gauche socialiste et la gauche qui se prétend « radicale » ou « de gauche ».

Il s’agit d’un troisième plan d’austérité, dans la suite des deux premiers

Le premier plan d’austérité, en 2010, était celui de Monsieur Papandréou, socialiste du Pasok, le deuxième, en 2012, était celui de Monsieur Samaras, de la droite de Nouvelle démocratie, et le troisième vient de Monsieur Tsipras, gauche radicale. Quelle différence entre ces trois plans ? Aucune. Ils visent tous à écraser le peuple grec et la nation grecque. Il s’agit d’un « accord technique » confirmé sur le plan politique au Parlement grec, puis à l’Euro-groupe, et dans les jours qui ont suivi par trois parlements nationaux : Allemagne, Espagne, Finlande.

Ce sont 35 mesures, dont beaucoup poursuivent l’œuvre de libéralisation du pays dont a vu les brillants résultats, qui ont été imposées. Certes, quelques mesures évidentes, qui s’imposaient depuis longtemps, ont fait partie du paquet, comme le renforcement de la lutte contre la délinquance financière, la réforme de l’administration (à condition que derrière ce mot fourre-tout on fasse la chasse à la corruption et à l’inefficacité), les banques devraient être recapitalisées de 10 milliards d’euros, permettant de relancer les prêts. Mais le plus important n’était pas là, il se trouvait dans les mesures d’austérité :

  • Le déficit primaire autorisé pour le budget (hors charge de la dette) sera de 0,25% en 2015, tandis qu’un excédent devra être obtenu (0,5% en 2016, 1,75% en 2017 et 3,5% en 2018). Le journal l’Humanité appelle cela des « marges de manœuvres arrachées par le gouvernement Syriza sont une petite avancée ». N’importe quoi ! Une « petite avancée », cette utilisation antisociale du budget de l’État ? Il n’y a aucune marge de manœuvre possible, et si les créanciers ont légèrement baissé leurs ambitions, c’est tout simplement parce que la Grèce est en récession et qu’elle ne parviendra pas à atteindre ces objectifs déments et absurdes.
  • Baisse des prestations des régimes de protection sociale équivalente à 0,5% du PIB (élimination progressive des préretraites…).
  • Libéralisation du marché du gaz.
  • Approbation du programme de privatisation de 50 milliards d’euros.
  • « Réforme » du marché du travail.
  • Etc.

Il fallait aboutir avant le 20 août 2015, date à laquelle la Grèce devait rembourser un prêt obligataire de 3,5 milliards d’euros à la BCE.

Le journal l’Humanité, porte-parole de la troïka

Dans son édition datée du mercredi 12 août 2015, le journal l’Humanité ne cachait pas sa satisfaction après l’accord. Quitte à recourir à des propos malhonnêtes, comme écrire que les 86 milliards de prêts obtenus allaient « permettre à l’État grec de subvenir à ses besoins jusqu’en 2018 ». Quelle honte ! Jaurès doit se retourner dans sa tombe.

Mais non, amis de l’Humanité, ce n’est pas ça du tout ! Les prêts promis à la Grèce, comme les précédents, ne servent absolument pas à l’État grec pour « subvenir à ses besoins » ! Ils servent à permettre de rembourser les créanciers, et répondre aux besoins de ces derniers. À la malhonnêteté s’ajoute la duplicité quand le journal, toujours dans le même article, écrit « première épreuve démocratique jeudi, devant le Parlement grec ».

Le journaliste qui écrit cela n’est probablement pas au courant que c’est désormais la troïka qui fixe les dates des réunions du Parlement grec, l’ordre du jour et le contenu des lois à faire voter ? N’est-il pas au courant que la Grèce n’a plus aucune souveraineté et qu’elle est devenue une colonie de l’UE ? N’est-il pas au courant qu’un référendum s’est tenu le 5 juillet 2015 en Grèce, que le NON à l’austérité a emporté 61% des suffrages, et que c’est pourtant un programme d’austérité qui va être voté par les parlementaires de droite, les socialistes et les députés de Syriza favorables à Alexis Tsipras ? Elle est belle cette démocratie !

Sortie de l’euro et de l’Union européenne

Tout ce qui a échoué est poursuivi dare-dare : perte de 25% de l’économie depuis 2010, 25% de chômage, baisse des salaires et des retraites jusqu’à 40%, augmentation de la TVA…

Tout ce que les Grecs ont rejeté par référendum est mis en œuvre par une étrange coalition, allant du FMI (filiale des États-Unis d’Amérique), à la BCE (filiale de l’empire allemand), en passant par la Commission européenne et… la gauche radicale (soi-disant la « vraie gauche ») ! Non seulement Syriza en Grèce, qui apparaît comme la force de réserve de l’oligarchie, mais aussi ses soutiens que sont le Front de gauche en France, Podemos en Espagne, Die Linke en Allemagne

… Seule la sortie de l’euro et de l’Union européenne, conditions nécessaires mais néanmoins insuffisantes, permettront à la Grèce de se redresser.  

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