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Contexte

Rassemblement international organisé par Attac-France le 30 avril 2005, Palais des expositions, Porte de Versailles.

Interventions de : Bernard Cassen (président d’honneur d’Attac-France), Nestor Murinzi (Burundi), Luciana Castellina (Italie), Richard Hatcher (Royaume-Uni), Gus Massiah (vice-président d'Attac-France), James Cohen (États-Unis), Alexandra Strickner (Attac-Autriche), Daniel Yegres (Venezuela), Susan George (vice-présidente d'Attac-France), Jean-Marie Coen (Attac-Belgique), Monika Karbowska (Pologne), Sadri Khiari (RAID-Attac-Tunisie), Michèle Dessenne, secrétaire générale d'Attac-France, Gerold Schwarz (Attac-Allemagne), Théo Ruyter (Attac-Pays-Bas), Emili Brugalla (Attac-Espagne), François Dufour (vice-président d'Attac-France), Jacques Nikonoff (président d'Attac–France).

 

Discours de clôture de Jacques Nikonoff, président d’Attac-France

Cher(e)s ami(e)s et camarades,

Le moment est venu de conclure ce magnifique rassemblement.

Je voudrais remercier les dizaines de militants d’Attac qui se sont dépensés sans compter pour assurer le succès de notre initiative.Je voudrais aussi remercier la fanfare qui nous a donné un surcroît de tonus pour aborder la dernière ligne droite de la campagne.Et je voudrais enfin remercier tous nos amis étrangers qui nous ont fait la gentillesse d’accepter notre invitation.

Ils ont montré, à travers leurs interventions, combien les politiques néolibérales menées par l’Union européenne avaient des conséquences négatives dans leurs pays respectifs.Et ils ont confirmé que la France ne serait pas isolée des peuples européens, et des autres peuples du monde, si nous disions « non » le 29 mai.

Nous pouvons les applaudir, merci à vous tous !

Cher(e)s ami(e)s et camarades,

Nous dirons « non » le 29 mai parce que nous sommes européens.

Nous dirons « non » le 29 mai parce que nous sommes altermondialistes.

L’enjeu de ce référendum a une portée historique.

C’est la première fois, depuis 50 ans, que des peuples de l’Union européenne, 10 sur 25, pourront, par un référendum, exprimer leur choix sur la construction européenne.

Les autres sont privés de parole.

Face au tournant libéral des politiques européennes de ces dernières années, la véritable question posée lors de ce référendum ne sera pas seulement « oui » ou « non » à la Constitution européenne.

Elle sera aussi et surtout « oui » ou « non » au libéralisme à l’européenne.

Car ce qui se fait depuis ces dernières années, ce n’est pas la construction de l’Europe.

C’est la construction du libéralisme à l’européenne.

Nous ne dirons pas « non » à l’Europe, nous dirons « non » au libéralisme.

Ce « non » a trois raisons :

Premièrement :

Non à l’horreur démocratique qui a présidé à l’élaboration de cette Constitution, sortie du chapeau de magicien de Monsieur Giscard d’Estaing qui présidait la Convention qui l’a écrite.

  • Sans aucun mandat.
  • Sans aucun débat.
  • Sans assemblée constituante.
  • Sans les peuples européens.

Deuxièmement :

Non aux politiques européennes suivies ces dernières années, appliquées avec zèle dans chaque pays, et particulièrement, en France, par Messieurs Chirac et Raffarin.

  • Elles ont fait de l’Europe la zone la plus régressive du monde en matière économique et sociale.
  • Si tout n’est pas mauvais dans la construction européenne, l’essentiel, lui, en revanche, est très mauvais.

Troisièmement :

Non à la Constitution européenne qui nous propose une immense bureaucratie.

  • Une usine à gaz.
  • La vitrification des politiques libérales qui deviendront ainsi la seule politique possible.
  • L’absence totale d’harmonisation sociale par le haut et la promesse d’une harmonisation par le bas.
  • L’absence de toute garantie pour les droits sociaux, alors que les droits des propriétaires du capital, eux, seront entièrement garantis.
  • Un mépris du peuple et de la démocratie.
  • La concurrence sauvage érigée en principe constitutionnel, entre les personnes, entre les États membres de l’Union, entre l’Union et le reste du monde.
  • La soumission aux États-Unis.

Cette Constitution, nous n’en voulons pas !

Et j’ajoute une quatrième raison de dire « non ».

C’est la partialité des grands médias.

Ils sont tous, sans aucune exception, dans le camp du « oui ».

Ils nous matraquent.

Ils nous intoxiquent.

Ils mentent.

Ils déforment.

Certains journalistes vedettes sont agressifs lorsqu’ils interrogent les partisans du « non ».

Ils leur coupent la parole.

Ils les empêchent de s’exprimer et de développer leurs arguments.

Sur Europe 1, à 8h20, 19 invités pour le « oui » et 5 pour le « non » entre le 13 mars et le 15 avril.

Sur France-Inter à la même heure : 19 avocats du « oui » et 4 pour le « non » entre le 1er mars et le 15 avril.

Sur RTL à 7h50 : 25 partisans du « oui » et 10 pour le « non » entre le 1er février et le 15 avril.

Toutes émissions de télévision confondues (journaux télévisés, émissions de divertissement, débats politiques) : 29 % d’intervenants favorables au « non » et 71 % favorables au « oui ».

Où est la justice ?

Où est la liberté ?

Où est la démocratie ?

Heureusement, il y a des journalistes qui résistent.

Nous ne leur demandons pas d’être pour le « non ».

Nous leur demandons de faire leur travail selon les normes professionnelles habituelles de la déontologie.

Ils agissent en ce moment avec beaucoup de difficulté, dans un environnement hostile, avec des menaces sur leur carrière.

Ce sont des journalistes libres.

Je vous demande de les applaudir.

Pour la journée de l’Europe, à l’appel de l’Observatoire français des médias, tous, place de l’Europe, le 9 mai, à 18h00, pour protester contre le comportement des médias.

Que se passera-t-il après le 29 mai ?

Les saisons continueront leur cycle.

La terre poursuivra sa rotation.

En revanche, si le « oui » l’emporte, la vie sera encore plus difficile pour des millions d’européens.

Les politiques libérales mises en œuvre par l’Union européenne depuis des années auront été acceptées par les citoyens, consignées dans la Constitution européenne, et rendues pratiquement irréversibles.

Toute politique alternative souhaitant rompre avec le libéralisme, dans l’un des pays de l’Union, deviendra très difficile à mettre en œuvre, car elle sera déclarée anticonstitutionnelle.

Une crise européenne sans précédent s’ouvrira alors.

Le chômage restera bloqué aux alentours de 10 % de manière illimitée.

Les services publics continueront à être démantelés.

L’allongement de la durée de cotisation pour les retraites se poursuivra, tout comme la mise en place de fonds de pension.

L’assurance maladie basculera progressivement vers le privé.

La directive Bolkestein s’appliquera, les délocalisations s’accélèreront, alimentant le racisme et la xénophobie des travailleurs des pays les plus développés de l’Union contre ceux des pays nouveaux entrants.

L’extrême droite prospèrera sur cet immense désenchantement.

La directive sur le temps de travail s’appliquera, repoussant la durée hebdomadaire du travail à 65 heures.

Les budgets militaires augmenteront au détriment des budgets sociaux.

Les taxes globales et le contrôle des capitaux seront rendus impossibles.

La guerre commerciale de tous contre tous se déchaînera.

L’Union européenne deviendra plus encore une filiale des États-Unis.

Si le « non » l’emporte, c’est l’espoir de refonder l’Union européenne.

Sur le plan juridique, c’est le traité de Nice, actuellement en vigueur, qui s’appliquera.

Un nouveau traité sera signé entre les Vingt-Cinq pour, au minimum, régler les questions de fonctionnement de l’Union.

Une condamnation claire et nette des politiques libérales de l’Union sera prononcée.

Un coup d’arrêt aux politiques libérales sera donné.

Les gouvernements des pays de l’Union, notamment en France, devront entendre le message du référendum et respecter la souveraineté populaire.

Ces gouvernements devront agir, au sein des institutions européennes, conformément au résultat du référendum.

Les directives en cours seront stoppées.

De meilleures conditions seront réunies pour de nouveaux traités européens.

Le « non » français provoquera un débat dans tous les pays de l’Union permettant de refonder la construction européenne.

Des alliances nouvelles deviendront possibles, à l’échelle de tous les pays de l’Union, avec des syndicats, des associations…

Pour la première fois, les peuples d’Europe feront irruption dans la construction européenne.

Les luttes sociales et syndicales seront stimulées.

Des possibilités de politiques alternatives, dans chaque pays de l’Union, resteront ouvertes.

La France se replacera au centre du jeu européen et reprendra la main.

Il faudra définir quelques éléments principaux de « ruptures » avec les politiques néolibérales européennes.

Une victoire du « non » donnera l’occasion de redéfinir les objectifs de la construction européenne et les moyens d’y parvenir.

L’Europe doit enfin devenir démocratique, indépendante, solidaire, internationaliste. Elle doit viser au développement économique et social et au bien-être de tous les peuples du continent, dans la coopération avec les autres pays, particulièrement ceux du Sud.

Une série de traités thématiques pourront être signés, ne rassemblant pas nécessairement les 25 pays membres actuels de l’Union.

Chacun doit pouvoir progresser à son rythme, et certains traités pourraient être signés à 6, à 12, à 25, à 30.

C’est déjà le cas avec la zone euro qui ne rassemble que 12 pays sur 25.

De toute manière, après le « non » il faudra renégocier le traité de Nice, en bloc ou par morceaux.

 

Voilà quelques pistes sur lesquelles débattre :

 

1) Refonte des statuts de la Banque centrale européenne.

 

2) Abandon du Pacte de stabilité.

 

3) Relance économique.

Elle doit passer par des investissements publics massifs auxquels devra contribuer la Banque centrale européenne (ferroutage, environnement, infrastructures publiques…) au moyen d’emprunts obligataires européens garantis par les États.

 

4) Harmonisation sociale par le haut.

La Charte des droits fondamentaux doit être reconstruite pour offrir de véritables protections juridiques aux travailleurs et à tous les citoyens. Les conceptions régressives concernant les retraites et l’assurance maladie doivent être mises à la poubelle.

 

5) Reconnaissance des services publics.

Ces derniers doivent aussi pouvoir coopérer à l’échelle européenne, ce qui est aujourd’hui interdit au motif de la distorsion de concurrence.

 

6) Mise en place d’une politique industrielle.

 

7) Défense de la laïcité.

 

8) Retrait de l’OTAN.

 

9) Développement de la coopération internationale.

L’Union doit fortement s’impliquer pour atteindre les objectifs du millénaire. L’annulation de la dette des pays pauvres doit être planifiée. L’aide publique au développement doit être augmentée.

Un partenariat nouveau doit être noué avec le Maghreb et le Proche-Orient.

Des relations de confiance doivent être établies avec les grandes puissances en devenir : Russie, Inde, Chine, Japon, Brésil.

 

10) Lutte pour l’environnement.

Assez du saupoudrage, et mise en place d’une véritable politique ambitieuse de l’environnement. Respect des accords de Kyoto.

 

Chers(e)s ami(e)s et camarades,

Nous avons un agenda chargé d’ici le 29 mai.

Le 1er mai nous participerons aux manifestations traditionnelles pour faire le lien entre les revendications syndicales et le vote « non ».

Le 4 mai, à 11h00, devant l’ambassade d’Australie à Paris, nous nous rassemblerons pour protester contre la réunion, en catimini, tenue par l’Organisation mondiale du commerce.

Le 5 mai, à Strasbourg, sur le pont de l’Europe, manifestation internationale pour une autre Europe organisée par Attac-France et Attac-Allemagne.

Le 9 mai l’initiative féministe pour le « non » distribuera massivement des tracts dans les gares.

Le 9 mai encore, une initiative est en préparation pour protester contre l’attitude de certains présidents d’université qui autorisent des débats des partisans du « oui » et interdisent ceux du « non ». C’est le cas, notamment, à la Sorbonne.

Le 12 mai, jour de la ratification du traité constitutionnel par le Bundestag, en Allemagne, sans débat public et sans référendum, initiative conjointe d’Attac-France et d’Attac-Allemagne.

Les 21 et 22 mai, une semaine avant le référendum, week end de dialogue avec la population organisé par Attac.

Chers(e)s ami(e)s et camarades,

Rien n’est joué.

La fin de la campagne sera terrible.

Tous les coups seront permis.

Il nous reste 30 jours.

Chacun va compter.

Ne prenez pas de vacances.

Ne partez pas en week-end.

Agissez nuit et jour pour la nouvelle Europe que nous voulons.

Enfouissons-nous au plus profond de la société.

Menons un travail de fourmis, parmi nos familles, nos collègues de travail, nos voisons.

Allons sur les marchés, à la porte des entreprises, devant les stations de métro et les gares.

Poursuivons le dialogue avec chaque citoyen.

La victoire sera à ce prix.

Et à ce prix seulement.

Et elle est à portée de la main.

Bon courage à toutes et à tous !

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