En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies de suivi et de préférences

A A A

Intervention de Jacques Nikonoff, président d’Attac-France au meeting d’Alençon (61), le 5 avril 2005, organisé par Attac 61 pour le NON au référendum sur le Traité constitutionnel européen.

 

Cher(e)s ami(e)s et camarades,

Ces deux dernières semaines, la campagne du référendum vient d’amorcer un tournant.

La majorité qui lui a été donnée dans huit sondages successifs rend désormais crédible une victoire du « non » le soir du 29 mai.

Alors qu’il y a encore quelques jours nous constations que les citoyens ne parlaient pas vraiment de la Constitution européenne et du référendum, nous observons aujourd’hui le développement d’un immense débat dans le pays.

Comme il fallait s’y attendre les partisans du « oui » ont déclenché la contre-offensive.

Elle s’organise autour de deux axes : la peur et le mensonge.

Je voudrais ce soir limiter mon intervention au climat de peur que tentent de créer les partisans du « oui ».

« Crise », « cataclysme », « nouveau 21 avril », comportement « irrationnel » des électeurs !

Tels ont été quelques-uns des commentaires des partisans du « oui » lorsque le journal Le Parisien, le 18 mars dernier, a publié un sondage donnant pour la première fois le « non » gagnant au référendum du 29 mai en France avec 51 % des intentions de vote.

Immédiatement, les menaces, chantage au chaos et à la crise ont fusé.

Pour Julien Dray, dirigeant du PS, « Le scénario qui est en train de s’écrire, c’est le scénario du 21 avril ».

Nicolas Sarkozy, président de l’UMP, ne dit pas autre chose : « Si les Français disaient non, ils s'exposeraient à une alternative détestable : au mieux, l'immobilisme de l'Europe ; au pire, l'isolement de la France. Et si les 24 autres pays de l'Union disent oui alors que nous disons non, la France restera derrière, isolée. Elle ne pèsera plus ».

Ce sondage montre « que tout est possible. Dois-je rappeler le 21 avril ? Tout est possible, même l’invraisemblable, la crise, l’irrationnel » dit François Hollande.

Une victoire du « non » provoquerait un « cataclysme politique » en France, « en Europe il ouvrira une crise très grave » dit Jacques Delors.

Ces dérapages des partisans du « oui » avaient déjà été entendu avant même la publication de sondages favorables au « non ».

Dominique Strauss-Kahn, par exemple, lors d’une émission de télévision, avait prédit que la victoire du « non » signifierait « la fin de l’euro ».

Pas moins !

Quant à Jean-Pierre Raffarin, il avait annoncé que « le premier pays qui dira non prendra une responsabilité historique, ce sera quelque chose de très grave ».

Dans leurs documents de campagne, que l’on peut consulter sur leurs sites Internet, UMP et PS dénoncent sur tous les tons le « non qui ouvrirait une crise salvatrice », car « en cas de rejet du traité, l'Europe entrerait dans une crise profonde ».

Cette campagne de peurs, de menaces et de chantages que mènent les partisans du « oui », largement relayée par les grands médias, n’est pas démocratique et relève de la malhonnêteté politique.

N’y aurait-il plus désormais qu’une seule réponse valable lors des référendums ?

À quoi serviraient les référendums si, de toute façon, les choses étaient entendues d’avance et que la consultation des citoyens n’était organisée que « pour du beurre » ?

Si on n’a pas le droit moral de voter contre la Constitution européenne, pourquoi organiser un référendum ?

Par définition, un référendum sert à donner aux citoyens la possibilité de faire un choix entre des options différentes, et parfois même très différentes comme c’est le cas avec le référendum du 29 mai 2005.

On ne peut imaginer que ceux qui ont demandé la tenue d’un référendum (la quasi-totalité des partis politiques), et celui qui a pris la décision (Jacques Chirac), ne savaient pas quels en étaient les enjeux.

Comment peuvent-ils aujourd’hui parler de « crise », de « cataclysme », de « paralysie de l’Europe », etc., alors qu’ils ont pris, à juste titre, la décision de tenir ce référendum ?

Sont-ils irresponsables ?

À les entendre maintenant, on croirait qu’ils ont décidé de jouer le sort de la France et de l’Europe à la roulette russe.

Si la victoire du « non » devait provoquer « crise » et « cataclysme », il ne fallait pas organiser de référendum !

Pourquoi prendre de tels risques ? Pourquoi demander leur avis aux citoyens et, quand ils l’expriment, leur indiquer, qu’il n’est pas le bon ?

L’autre méthode pour adopter le traité constitutionnel était le vote du Parlement.

Dans ce cas, le débat public aurait été interdit et les citoyens exclus de leur participation à une étape historique de la construction de l’Union européenne.

Or l’avenir de l’Union européenne réside précisément dans l’implication des peuples d’Europe qui, face à toutes les bureaucraties et à toutes les élites doivent avoir le dernier mot.

Les dérapages des partisans du « oui » reflètent parfaitement une certaine conception de la démocratie et de l’Europe.

Il n’est pas certain que les menaces et les chantages aient de l’effet sur les citoyens.

Il est même probable que ces derniers n’apprécient pas qu’on leur dise ce qu’ils doivent ou ne doivent pas voter.

Les partisans du « oui » de gauche brandissent l’épouvantail d’un nouveau « 21 avril » si le « non » l’emportait.

Ils font référence au premier tour de l’élection présidentielle du 21 avril 2002 où le candidat socialiste, Lionel Jospin, avait été éliminé du second tour qui avait opposé Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, et où la gauche avait appelé à voter Chirac pour faire barrage à Le Pen.

Revenons quelques années en arrière.

Que s’est-il passé au moment de l’élection présidentielle de 2002 ?

L’élimination du candidat socialiste au premier tour n’est pas, comme on voudrait le faire croire, le produit de l’éparpillement des votes de la « gauche plurielle » entre cinq candidats (Jospin, Mamère, Hue, Taubira et Chevènement), ni du renforcement de l’extrême gauche trotskiste.

Quant au bon résultat de Le Pen, il vient avant tout de l’augmentation massive de l’abstention dans l’électorat de gauche, qui ne se reconnaissait plus dans la « gauche plurielle » qui restait sourde à tous les appels lancés pour changer la vie.

En réalité ce serait plutôt une victoire du « oui » lors du référendum sur la Constitution européenne qui provoquerait un nouveau « 21 avril ».

Car les partisans du « oui de gauche » demandent de voter une deuxième fois pour Jacques Chirac : une première fois au second tour de l’élection présidentielle de 2002 pour faire barrage à Le Pen ; une deuxième fois le 29 mai 2005 en votant pour la Constitution européenne soutenue par le président de la République.

Éviter un nouveau 21 avril c'est battre la Constitution européenne le 29 mai !

Par ailleurs, il est étrange que des responsables politiques considèrent le comportement des électeurs « irrationnel » dès lors qu’une majorité de ces électeurs annoncent leur intention de voter différemment que ces mêmes responsables politiques.

Un référendum entraîne toujours une réponse binaire : « oui » ou « non ».

C’est le président de la République qui peut décider un référendum, après que le Conseil constitutionnel eut confirmé son caractère légal (conforme à la Constitution).

On peut donc considérer que la ou les questions présentées aux citoyens, mais surtout les conséquences des réponses qu’ils auront données, s’inscriront dans le cadre de la Constitution française.

Si tel n’était pas le cas, le Conseil constitutionnel, « gardien » de la Constitution française, n’aurait pas autorisé le référendum.

Il n’y a donc rien d’ « irrationnel » à ce que des citoyens choisissent l’une ou l’autre des réponses possibles lors d’un référendum.

On voit mal le président de la République convoquer un référendum (accepté par le Conseil constitutionnel), et dire ensuite aux citoyens : « attention, si vous votez non c’est irrationnel » !

L’ « irrationnel », dans ce cas, serait de poser une question dont une des réponses pourrait entraîner un « comportement irrationnel » chez les électeurs !

On peut comprendre la déception des responsables politiques qui se sont engagés en faveur du « oui » au référendum, et qui constatent que plusieurs sondages leur sont défavorables.

Mais cela ne les autorise pas à mépriser ceux qui ne pensent pas comme eux.

On entend dire aussi que la victoire du « non » provoquerait la crise.

Mais de quelle crise parlent-ils ?

S’il existe une crise, c’est celle qui s’observe chez les partisans du « oui ».

Ils ne peuvent admettre, malgré tout l’argent dépensé dans la campagne, la mobilisation à leur service des grands médias, leurs « experts » élevés en batterie, que le « non » puisse l’emporter.

Dans cette hypothèse, nulle crise n’est à redouter.

Ceux qui agitent cette menace se gardent bien, d’ailleurs, de préciser de quelle crise il pourrait s’agir.

Une crise économique ?

Nous y sommes déjà, et depuis des années.

En cas de victoire du « non », pourquoi faudrait-il que les prix, les taux d’intérêt ou les déficits publics augmentent ?

Ou que le solde de la balance commerciale se mette brutalement à baisser ?

Une crise sociale ?

Nous y sommes déjà.

Une victoire du « non » le 29 mai aurait pour effet d’affaiblir le MEDEF et le gouvernement qui s’étaient engagés en faveur du « oui ».

Cette victoire éventuelle aura-t-elle un effet stimulateur sur les mouvements sociaux ?

Personne ne peut le prédire, mais des mobilisations sociales sont de toute façon nécessaires, par exemple sur les salaires et l’emploi, face aux profits indécents réalisés ces dernières années par les grandes entreprises.

Une crise monétaire ?

L’existence de l’euro n’est pas suspendue à l’adoption de la Constitution européenne.

Le traité de Maastricht, qui a créé la monnaie unique, resterait évidemment en vigueur.

Une crise de légitimité des institutions et des politiques de l’Union européenne ?

Nous y sommes également, et depuis longtemps.

Une victoire du « non » serait au contraire le moyen de sortir de cette crise, et de donner un nouveau souffle démocratique et social à la construction de l’Union.

Une crise juridique ?

Il n’existe aucun risque de vide juridique puisque c’est le traité de Nice, signé en 2000, et actuellement en vigueur, qui continuerait à régir l’Union.

Un « cataclysme politique en France » ?

L’expression est de Jacques Delors, ancien dirigeant du PS, ancien ministre de l’Économie et des Finances de François Mitterrand et ancien président de la Commission européenne.

En faisant cette déclaration, Jacques Delors indique que le résultat du référendum du 29 mai 2005 sur le traité constitutionnel européen aura des retombées politiques en France.

Il a parfaitement raison, et si on peut discuter du terme qu’il a choisi – « cataclysme » - pour qualifier la situation politique française en cas de victoire du « non », l’enjeu national de ce référendum est considérable.

Il n’est pas anodin que ce soit précisément Jacques Delors qui ait parlé de « cataclysme » en cas de victoire du « non ».

C’est lui, en effet, comme ministre de l’Économie et des Finances de François Mitterrand, qui mit fin, par deux « plans d’austérité » en 1982 et 1983, à l’expérience du gouvernement de gauche issu des élections présidentielles du 10 mai 1981.

Ces deux plans d’austérité marquèrent l’alignement d’une partie de la gauche française et de la majorité du Parti socialiste aux idées néolibérales alors en plein essor.

Depuis cette période – un peu plus de vingt ans -, le rapport de force au sein de la gauche française est resté favorable à sa composante « social-libérale », comme l’a montré le bilan du gouvernement de la « gauche plurielle » de Lionel Jospin.

Et son échec.

En faisant son commentaire, Jacques Delors pointe exactement l’enjeu du référendum sur le plan de la politique nationale : maintenir ou inverser, dans la gauche française, le rapport de force entre sociaux-libéraux et anti-libéraux.

Une victoire du « non » pourrait contribuer à mettre fin à un cycle de plus d’une vingtaine d’année, sans qu’il soit encore possible d’identifier très clairement comment le champ politique pourrait se restructurer à gauche.

Une « crise très grave en Europe » ?

C’est toujours Jacques Delors qui est à l’origine de ce jugement.

Une victoire du « non » aurait évidemment des retombées considérables en France mais aussi en Europe.

C’est d’ailleurs l’objectif, autrement à quoi bon voter « non » s’il ne se passe rien ensuite ?

La victoire du « non » traduirait un nouveau rapport de force, les idées néolibérales de régression sociale et démocratique seraient en recul, du moins en France, alors que les idées progressistes de solidarité et de justice sociale pour l’Europe auraient avancé.

La victoire du « non » ne provoquerait pas de « très grave crise en Europe ».

Mais demandons-nous de quelle Europe il s’agit ?

Parle-t-on des gouvernements ou des peuples ?

Concernant les gouvernements des pays membres de l’Union des Vingt-Cinq, la victoire du « non » en France provoquerait une inquiétude – de la panique chez certains -, et d’abord dans les pays qui connaîtront eux aussi un référendum.

Le risque de contagion est une éventualité qu’on ne peut écarter.

Elle ne ferait qu’accroître l’exigence d’une autre construction européenne.

Les gouvernements des pays membres de l’Union sont tous aujourd’hui très libéraux ou sociaux-libéraux.

Pensons à Berlusconi, Blair, Schröder, Zapatero…

Il est peu de dire qu’une victoire du « non » en France serait mal appréciée.

D’autant que dans ces pays ils sont parvenus à étouffer le débat sur la construction européenne, à largement anesthésier l’opinion publique et même des organisations syndicales ou des forces politiques se réclamant du camp progressiste.

Le lien entre la construction européenne actuelle et le libéralisme n’est que rarement établi, l’ « Europe » apparaît comme surplombant la question libérale.

Quelle serait leur réaction la plus probable ?

Quelques insultes devraient pleuvoir (nous en avons eu un avant-goût pendant la campagne référendaire), mais ces gouvernements devraient concentrer l’essentiel de leurs efforts sur l’ « aide » au gouvernement français.

Une réaction de franche hostilité « à la France » ou une coalition d’États semble peu envisageable, tant elle serait contre-productive et ne ferait que renforcer le camp du « non ».

Une « crise très grave en Europe », comme la pronostique Jacques Delors, paraît donc très improbable.

Concernant les peuples d’Europe, une victoire du « non » en France, pays qui a toujours été le moteur de la construction européenne et qui conserve un grand prestige, les interrogations et les débats ne manqueront pas.

Donneront-ils lieu à une prise de conscience plus aiguë du caractère néolibéral des politiques menées par l’Union européenne ?

Nul ne peut le prédire.

En revanche la construction de l’Europe des peuples pourrait avancer.

Au total, en cas d’une victoire du « non », le message des électeurs devra simplement être entendu par le gouvernement français et ceux des autres pays de l’Union, ce qui n’est que procédure démocratique habituelle.

Les gouvernements reprendront leurs discussions – la terre ne s’arrêtera pas de tourner -, en tenant compte du sens politique donné par le référendum en France ou dans d’autres pays.

Il est vrai que la défaite sera sévère pour nombre d’eurocrates qui croyaient être là pour toujours.

Ils la méritent !

Et c’est l’Europe – solidaire, ouverte sur le monde – qui gagnera !

C’est bien la peur de la victoire du « non » qui agite toute la société médiatique, laquelle se déchaîne comme jamais !

La France est au cœur de l’Europe.

Il sera impossible de ne pas entendre sa voix.

Car l’Europe sans la France ne peut exister.  

Ajouter votre commentaire

Écrire un commentaire en tant qu'invité

0 Restriction des caractères
Votre texte doit contenir plus de 10 caractères
Vos commentaires sont soumis à la modération d'un administrateur.
  • Aucun commentaire sur cet article.
La campagne
loading...
Web Analytics