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Le 12 septembre 2004, un débat était organisé à la Fête de L’Humanité sur le thème : « mouvement social et politique ». Participaient à ce débat : Gérard Aschiéri (secrétaire général de la FSU) ; Marie-George Buffet (secrétaire générale du PCF) ; Annick Coupé (porte-parole du G-10 Solidaires) ; Yannick Jadot (directeur de Greenpeace-France) ; Jacques Nikonoff (président d’Attac-France) ; Alain Olive (secrétaire général de l’UNSA) ; Bernard Thibault (secrétaire général de la CGT).

Intervention de Jacques Nikonoff

Je souhaite intervenir sur deux points :

  • Clarifier les notions que l’on utilise.
  • M’interroger à haute voix sur la manière de faire pour contrer les politiques néolibérales.

Il faut en effet clarifier les notions que l’on utilise, car les expressions « mouvement social » ou « politique » restent assez floues si on ne dit pas ce qu’on y met.

Pour ma part, je vois trois composantes au « mouvement social » :

  • Le mouvement syndical.
  • Un certain type d’associations, comme Greenpeace ou Attac.
  • Des luttes auto-organisées comme celles des intermittents du spectacle ou des chercheurs.

Il existe également le mouvement altermondialiste, ou plutôt la mouvance altermondialiste, mais je ne sais pas si on peut le faire entrer dans le « mouvement social », puisque son objet est plus large.

En tout cas, ce qui frappe immédiatement, c’est la relative nouveauté de l’expression « mouvement social ». Des années 50 aux années 70, cette expression n’existait pas, il n’y avait que le mouvement syndical. Première question à se poser : pourquoi des citoyens ont-ils jugé nécessaire de s’organiser et de lutter en dehors du lieu de travail, et donc en dehors des syndicats, même si ce type de luttes n’est pas nouveau ?

Ensuite, on est également frappé par l’absence d’espaces, de lieux plus ou moins permanents, ou réguliers, où pourraient se rencontrer ces acteurs. Entre les syndicats, rien de tel n’existe, c’est même la division qui règne. Entre les associations, par nature très différentes les unes des autres du fait de leur objet à chaque fois limité et spécifique, c’est la même chose. Et que dire de l’absence quasi totale de liens entre syndicats et associations !

Un des problèmes centraux à résoudre est celui de la recherche d’une articulation entre mouvement syndical et associations. Or les choses sont souvent vues en termes de concurrence, des syndicalistes craignant que les associations marchent sur leurs plates-bandes, alors que des associations rejettent le mouvement syndical.

En fait, les deux approches doivent être considérées comme complémentaires. Les luttes dans l’entreprise, pour se donner le maximum de chance, doivent s’appuyer sur l’extérieur de l’entreprise. L’inverse est également vrai : les luttes à l’extérieur de l’entreprise, par exemple contre les paradis fiscaux, doivent aussi s’appuyer sur l’intérieur de l’entreprise.

Aujourd’hui, des sujets comme les retraites, l’assurance-maladie ou les licenciements concernent toute la population, tous les territoires, et pas simplement les salariés dans les entreprises. Pour donner toute leur chance à ces luttes, des articulations nouvelles doivent donc être trouvées entre syndicats et associations, mais aussi avec les élus locaux. Et l’on ne peut pas conditionner ces nouvelles articulations à un préalable qui serait celui de l’unité syndicale, c’est en marchant que les choses se feront.

Concernant « la politique », pour aller à l’essentiel, il s’agit des partis. Il faut alors distinguer les moments où ils exercent le pouvoir et ceux où ils sont dans l’opposition, sachant qu’ils n’ont souvent pas la même attitude envers le « mouvement social ».

Pour nous à Attac, les choses sont relativement simples : les partis sont nécessaires à la démocratie et ils doivent se renforcer. Nous recommandons d’ailleurs à nos adhérents de rejoindre les partis politiques, comme les syndicats, sans évidemment faire de recommandations particulières.

Nous attendons des partis politiques qu’ils se positionnent clairement face à la mondialisation néolibérale. Quand ils sont dans l’opposition, après avoir été au gouvernement, qu’ils analysent sérieusement leurs échecs, qu’ils disent clairement ce qu’ils feraient de retour au pouvoir, qu’ils élaborent leurs propositions par un dialogue réel avec tous ceux qui le souhaitent. Quand les partis sont au gouvernement, qu’ils fassent ce qu’ils ont promis, qu’ils dialoguent, qu’ils mettent en œuvre des politiques qui permettent de desserrer l’étau néolibéral sans se réfugier derrière des contraintes de toute sorte, européennes ou liées à la mondialisation.

Je voudrais m’interroger maintenant sur la manière de faire pour contrer les politiques néolibérales.

Nous sortons de deux années d’échecs : retraites, assurance-maladie, privatisations, augmentation du chômage, licenciements collectifs... Nous assistons probablement à un tournant ultralibéral avec la stratégie du MEDEF, clairement annoncée, de « modernisation » du code du travail, c’est-à-dire en réalité la destruction des garanties collectives des travailleurs, accompagnée de l’entrée dans la société du chantage à l’emploi.

Cette situation me conduit à quatre interrogations, toutes personnelles, je n’ai évidemment aucun mandat de mon organisation.

Première interrogation : pourquoi des débats comme celui d’aujourd’hui sont-ils aussi rares ?

Je remercie d’ailleurs les organisateurs de cette heureuse initiative. Une fois par an, à la Fête de l’Huma, ce n’est peut-être pas assez. Pourquoi aucune rencontre de ce type n’a eu lieu pour analyser la situation après les luttes sur les retraites et l’assurance-maladie ? Pourquoi ne pas nous réunir régulièrement ?

Deuxième interrogation : sur les rapports avec les partis politiques.

Pourquoi n’arrivons-nous pas à travailler ensemble, dossier par dossier, concrètement, pour construire des alternatives ? Pourquoi les partis politiques ne dialoguent-ils pas avec les organisations sociales sur la base de propositions de lois ?

Troisième interrogation : pourquoi n’y a-t-il pas de Forum social national ?

Il y a pourtant des Forums sociaux locaux, des Forums sociaux européens, des Forums sociaux mondiaux. Pourquoi « zapper » l’échelon national alors que les politiques sociales ne sont pas une compétence européenne mais restent une prérogative nationale ? Est-ce qu’un Forum social national ne serait pas le moyen de rassembler et d’élaborer des convergences ? C’est précisément le but des Forums sociaux, pourquoi ce qui rassemble à l’échelle locale, européenne, mondiale, ne rassemblerait-il pas à l’échelle nationale ?

Quatrième interrogation : pourquoi n’existe-t-il aucune tentative d’élaborer des propositions communes face aux licenciements, pour mener ensuite une campagne commune comme jamais il n’en a existé dans ce pays ?

Je vous remercie.

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