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Samedi 10 janvier 1998

Jacques Nikonoff, en tant que président de l’Association Un travail pour chacun (UTC) était invité par la Ligue des Droits de l’Homme à la Bourse du Travail de Saint-Denis.

Alors que 5 millions de chômeurs demandent un emploi, la société ne répond pas.

Que vaut, dès lors, notre démocratie ?

Une démocratie dans laquelle un droit fondamental, le droit à l’emploi – qui est associé dans notre Constitution au devoir de travailler – est quotidiennement bafoué ?

Une démocratie dans laquelle un droit – le droit à l’emploi – qui conditionne tous les autres, est refusé à des millions de citoyens ?

Créer des emplois est une exigence politique qui doit être revendiquée comme telle :
- parce que le droit au travail est un choix fondateur effectué en 1789 ;
- parce que des citoyens le demandent et que l’on doit les écouter.

Il n’y aurait qu’un seul chômeur dans notre pays, ce scandale serait insupportable.

Aucune raison économique – autant de prétextes – ne peut justifier le maintien du chômage de masse. Ou alors, derrière de la fausse modestie calculée, nos gouvernants actuels, comme leurs prédécesseurs, ont plié le genou devant la tyrannie des marchés.

Mais il se trouve encore des hommes et des femmes – les chômeurs qui se battent en ce moment – pour rester debout.

Alors qu’ils veulent s’inclure dans la société en obtenant un travail, on les prie de rester là où ils sont.

Alors que le chômage est une illégalité morale, sinon en droit, on les accuse d’utiliser des formes d’actions illégales. Les victimes, ainsi, deviennent les coupables.

A l’heure qu’il est, 2 antennes ASSEDIC sont encore occupées, les autres ont été évacuées par la police. L’ordre et le silence règnent à nouveau. Pour combien de temps ?

Ces chômeurs sont autant de Zola à crier le mot « J’accuse ! ».

On observera, en le regrettant, que les pétitionnaires habituels sont restés muets. Point d’intellectuels pour exiger le respect du droit au travail. Pourquoi ?

Oui, l’emploi pour tous est parfaitement possible. Il existe de nombreuses façons de s’y prendre.

Je voudrais développer ici les propositions qui ont la préférence du mouvement Un travail pour chacun et qui ont fait l’objet d’un rapport que nous allons remettre la semaine prochaine aux pouvoirs publics et aux partenaires sociaux.

Ce rapport a été résumé dans un livre qui sort à la fin du mois, aux éditions Arléa, et qui s’intitule : Chômage : nous accusons !

Dans ce rapport, nous disons deux choses :

- le chômage coûte plus de 1 000 milliards de francs chaque année à la France
- il n’existe aucune difficulté technique majeure pour réorienter la dépense publique et financer l’emploi pour tous.

Mais avant d’entrer dans la présentation, quelques préalables : les gouvernements successifs ont fait le choix délibéré du chômage

Qui a dit :

« Dans la conjoncture actuelle, il n’y a que la pression du chômage qui évite une embardée sociale. Une amélioration sur le terrain de l’emploi entraînerait fatalement une pression salariale que le pays ne peut se payer ». François Soulémagnon, conseiller industriel d'Alain Juppé à Matignon (Le Canard Enchaîné,16 octobre 1996).

Qui a dit :

« Dans une économie marchande telle que la notre, la conjonction de créations d’emplois et de baisse du chômage [...] a pour conséquence une hausse du prix du travail. [...] Une telle réduction du chômage se traduirait alors vite, du fait d’une hausse du prix du travail, sauf à envisager un blocage des salaires, par des pertes de compétitivité insoutenables » (10 septembre 1996, note à en-tête de la Direction de l’animation de la recherche des études et des statistiques - DARES, Mission analyse économique - du ministère du Travail. Intitulée Sur le Mémorandum « pour un compromis national, de portée historique, sur l’emploi ».

Qui a dit :

« Pour obtenir un ajustement donné des salaires, il faudra un niveau plus élevé de chômage conjoncturel ». OCDE, Étude sur l’emploi, faits, analyse, stratégies, Paris, 1994, p. 33.

Certains milieux ne veulent pas d’amélioration de la situation de l’emploi car ils craignent une pression à la hausse des salaires.

Affirmer que certains ne veulent pas que le chômage baisse peut choquer certaines personnes. Elles peuvent se dire : « C’est absurde, car n’importe quel parti politique qui trouverait la ‘‘martingale’’ contre le chômage aurait la certitude de conquérir ou de conserver le pouvoir pour vingt ans ! ».

Malheureusement, les choses ne se passent pas ainsi. Prenons l’exemple des marchés des actions. Quand le chômage baisse, les Bourses baissent aussi (la valeur des actions des entreprises cotées baisse).

Pourquoi ?

Est-ce parce que le système économique et financier est devenu fou ? Pas du tout. Ce système, au contraire, est parfaitement « rationnel » à court terme. Tout simplement parce que les détenteurs de capitaux (les investisseurs institutionnels) craignent que la baisse du chômage ne provoque de l’inflation, notamment par la hausse du coût du travail. L’inflation réduirait le rendement des capitaux placés. Dans cette logique des marchés financiers, il ne faut donc surtout pas que le chômage baisse.

Il est du rôle de la politique de redonner le sens de l’intérêt général et du long terme, en faisant intervenir malgré tout l’Etat pour que baisse le chômage. Mais la plupart des partis politiques ont été intoxiqués par le mythe des marchés financiers et leur attribuent un pouvoir sur l’économie qu’ils n’ont pas. Ils en viennent à penser – certains en toute bonne foi – qu’il vaut mieux préserver l’intérêt supposé des marchés financiers et craignent, en réduisant fortement le chômage, de provoquer de leur part une réaction face à laquelle les Etats seraient démunis.

Non, les marchés financiers ne sont pas tout-puissants, ils sont parfaitement maîtrisables. Certains de leurs acteurs les plus éminents et de leurs défenseurs les plus ardents, tels le financier américain George Soros , prônent eux-mêmes une forte régulation de ces marchés. C’est pourtant parce qu’une partie des élites française s’est abandonnée au mythe de la toute-puissance des marchés financiers que ce qui est appelé « la politique de l’emploi » n’est qu’une mascarade...

Dans quel camp se trouve le gouvernement actuel ?

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