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Le 19 mai 1998, Jacques Nikonoff était invité par le journal Marianne et son directeur, Jean-François Kahn, à faire une conférence sur l’emploi à la Sorbonne.

Mesdames, messieurs,

Permettez-moi tout d’abord de remercier le journal Marianne et son directeur, Jean-François Kahn, d’avoir organisé ce débat. Cette initiative est d’autant plus méritoire, qu’à lire certains journaux ou à écouter certains responsables politiques, il n’y aurait plus matière à débat. La croissance étant de retour, cela semblerait suffire au bonheur de certains, car si tous les problèmes ne sont pas réglés, ils seraient en passe de l’être...

Hélas ! hélas ! les problèmes sont devant nous.

I.

La nouvelle que nous attendions tous – la bonne nouvelle – celle qui occupait toutes nos pensées et qui alimentait toutes nos conversations est arrivée.

Nous l’avons apprise le 11 mai au matin, très tôt, en n’en croyant pas nos oreilles.

Cette bonne nouvelle est tombée de la radio, entre la météo, les résultats des courses, ceux du loto, et l’horoscope.

Oui, c’était vrai, le CAC 40 de la Bourse de Paris venait de battre son 30e record depuis le début de l’année. Il venait même de dépasser le plafond « symbolique » des 4 000 points .

Ainsi, depuis le 1er janvier 1998, la Bourse a progressé de 34 %.

En deux ans et demi, la progression est même de 120 % .

Et pendant ce temps ?

Eh bien, pendant ce temps, la misère a continué à ronger le monde et la France !

- Selon l’INSEE, 5,5 millions de personnes sont pauvres en France .

- Plus de la moitié de nos compatriotes jugent que l’on vit moins bien aujourd’hui qu’il y a 30 ans. Et la moitié pense que nous serons encore moins heureux dans les 30 ans qui viennent.

- L’instabilité financière – c’est-à-dire l’irrégularité des revenus - touche 24 % des ménages .

- Les jeunes ? Ils étaient 320 000 à avoir quitté l’enseignement supérieur en juillet 1996, avec leur diplôme en poche . Mais, un an après, seulement 65 % d’entre eux occupaient un emploi. Et quel emploi !

- 36 % des bac + 5 ne sont pas cadre et occupent des emplois d’exécution.

- 44 % seulement ont été embauchés à durée indéterminée.

- Jusqu’à bac + 4, la moitié de ces jeunes gagne moins de 8 500 F brut par mois.

- 52 % sont moyennement ou pas satisfait de leur emploi.

- Selon l’Institut national des études démographiques, « Le suicide – dont on observe une dangereuse progression - est lié à la montée du chômage et de la précarité ainsi qu’au relâchement des liens familiaux ».

- 57 % des actifs déclarent travailler dans des conditions stressantes .

- Le Haut comité de la santé publique s’alarme des dégâts de l’exclusion sur la santé. La précarité, c’est-à-dire l’absence d’une ou de plusieurs sécurités, touche en France de 20 à 25 % de la population, soit de 12 à 15 millions de personnes. Entre 400 000 et 600 000 enfants de moins de 6 ans – en France – vivent dans un ménage sous le seuil de pauvreté .

- Ce même Haut comité nous dit que l’espérance de vie, pour les pauvres, risque de baisser .

Oui, le chômage c’est la lèpre, la peste, le choléra. C’est l’impossibilité de former un projet, de se fixer un horizon. C’est la destruction de tout ce en quoi nous croyons. C’est l’implosion de la démocratie. Oui, le chômage c’est le néant, c’est la mort.

Pensons à nos enfants, à leur avenir.

Le chômage est une machine infernale qui ronge les personnes et la société. Ne pas le supprimer nous place dans l’incapacité à résoudre durablement tous les autres problèmes : santé, éducation, démocratie, violences...

Mais arrêtons là cette litanie qui pourrait durer des heures.

Comment se présentent les années qui viennent, si les choses continuent sur leur pente actuelle ?

Selon Dominique Strauss-Kahn, le ministre de l’Economie et des Finances : « La consommation est présente, l’investissement est annoncé, le chômage décroît, les comptes publics sont équilibrés, l’inflation est terrassée, les taux d’intérêt sont faibles : cela fait peut-être trente ans que personne n’avait pu, en France, réunir autant de facteurs positifs pour la croissance ».

Certes, c’est factuellement vrai. Mais cela ne changera rien de significatif à la situation de notre pays.

Il existe en effet trois sources d’emplois pour les années qui viennent : la croissance, la réduction du temps de travail et les emplois jeunes. Qu’en est-il en réalité ?

La croissance ?

Selon les économistes Jean-Paul Fitoussi et Olivier Blanchard , membres du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre, il faudrait une croissance comprise entre 3,6 % et 3,8 % pendant cinq ans pour faire revenir le taux de chômage à 7,5 %. C’est-à-dire encore au moins 3 millions de chômeurs et autant de précarité, sinon plus, car les emplois anciens à durée indéterminée sont désormais remplacés par des emplois précaires.

Faut-il se satisfaire d’un objectif aussi limité, alors qu’il est parfaitement possible de créer une France sans chômage, comme l’indique le thème de ce débat ?

La réduction du temps de travail ?

Les chiffres annoncés, pour les créations d’emplois, sont peu encourageants. Selon Bercy , trois scénarios sont possibles avec la loi Aubry : 540 000 emplois ; 280 000 emplois ; moins 20 000 emplois.

Evidemment, c’est loin d’être négligeable, si la première option l’emporte. Mais nous sommes loin d’avoir épuisé toutes les possibilités de la réduction du temps de travail, comme l’a montré Pierre Larrouturou.

Les emplois jeunes ?

L’objectif n’est que de 350 000, et 50 000 seulement ont été créés en un an. On n’entend plus parler des 350 000 autres emplois pour les jeunes qui étaient annoncés dans les entreprises.

Mais attention aux dispositifs ciblés – aux préférences – qui, si elles ne sont pas nationales, sont néanmoins une rupture tragique du principe d’égalité. L’emploi doit être ouvert à tous, aux jeunes et aux moins jeunes.

Selon Bercy , tout confondu, nous devrions donc connaître 300 000 créations d’emplois en 1998 et 300 000 en 1999. C’est ce que confirme l’Office français des conjonctures économiques , pour qui l’addition des mesures gouvernementales ferait redescendre le taux de chômage à 8,6 % en 2005.

De tels résultats permettraient sans aucun doute de résoudre nombre de problèmes individuels. Mais ils sont totalement insuffisants si l’on veut vraiment sortir du néant dans lequel nous sommes.

D’ailleurs, quels seront ces emplois ? Jusqu’à présent, l’emploi salarié a légèrement progressé/. Mais, sur 190 000 postes supplémentaires créés en 1997, 120 000 étaient précaires (intérim, CDD...). Parallèlement, le nombre de chômeurs travaillant à temps partiel a progressé de 29 % en un an.

Non, la politique actuelle de l’emploi ne peut pas suffire à créer l’emploi pour tous et le bien être. Il n’existe pas d’automatisme entre croissance et emploi. Ainsi, aux Etats-Unis, où l’on a observé des records d’emplois, après sept ans de croissance ininterrompue, 14 % des Américains étaient sous le seuil de pauvreté en 1996, contre 15 % en 1993. Un enfant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté .

Alors non, non et non, il ne faut pas s’habituer à ce manque d’ambition. La France est un pays immensément riche. L’emploi pour tous, pour toute la vie, est parfaitement possible. Il est non seulement possible, mais nécessaire, car c’est la condition du redémarrage de millions de vie et du redémarrage de notre pays lui-même.

II.

Pourquoi cette situation ?

La vérité est cruelle, mais il faut la regarder en face. Cette vérité, c’est que les gouvernements qui se succèdent ne veulent pas faire baisser significativement le chômage.

Une telle affirmation est absurde, pourrait-on nous dire, car les gouvernements, depuis des années, parlent de la priorité à la lutte contre le chômage, ils parlent de guerre, voire de croisade. Ils font ce qu’ils peuvent.

Non. Les politiques de l’emploi ne sont qu’une mascarade, un spectacle où, comme à l’opéra, le chœur chante « marchons, marchons », mais où l’on fait du sur place. Et l’on fait du sur place non pas parce que l’on ne sait pas comment avancer, mais parce que l’on ne veut pas avancer. C’est bien pour cette raison que le mouvement Un travail pour chacun a intitulé son dernier livre Chômage : nous accusons !

Essayons d’aller au fond des choses

La majorité des économistes, des hauts fonctionnaires, des responsables politiques « bien-pensants » craignent le retour de l’inflation. C’est la raison de l’inertie ambiante, même s’il existe aussi, parallèlement, un certain manque d’imagination.

Il faut bien comprendre cette réalité, parce que c’est capital si l’on veut s’y retrouver. Oui, une véritable obsession s’est diffusée dans l’esprit d’une grande partie des élites : l’obsession de la menace inflationniste. Et nous ne voulons faire de procès d’intention à personne mais simplement constater les déclarations des uns et des autres et leurs actes.

Lorsqu’on regarde certains organes de presse, on peut lire par exemple :

- Titre de La Tribune (10 novembre 1997) : « La baisse du chômage américain fait craindre une accélération de l’inflation ».

- Titre des Echos (8 décembre 1997) : « La chute du chômage américain fait craindre une reprise de l’inflation ».

Quel est le rapport entre le chômage et l’inflation ?

Il est le suivant : l’observation, dans le passé, a montré dans les pays industrialisés, que la faiblesse du chômage a souvent créé des tensions inflationnistes.

Pour les économistes, cela se mesure grâce à la courbe dite de Phillips qui est un des piliers de l’analyse et de la politique économique. Elle montre en effet une relation décroissante entre l’inflation et le chômage. Selon cette courbe, l’inflation augmente quand le taux de chômage passe sous un certain seuil – le taux naturel de chômage (TNC) - et inversement.

Le raisonnement est simple : un chômage bas entraîne des tensions sur le marché du travail, suivies d’une hausse rapide des salaires, donc des coûts pour les entreprises, puis d’une montée des prix.

Ce taux naturel de chômage est aussi appelé NAIRU (Non Accelerating Inflation Rate of Unemployment). C’est le niveau de chômage au-dessous duquel l’inflation pourrait augmenter.

Et donc, de façon tout à fait explicite, cette théorie économique d’inspiration néoclassique recommande aux gouvernements de ne pas baisser le chômage sous ce seuil.

Le reste n’est qu’hypocrisie.

Et c’est bien pour cette raison que les formules choisies pour la réduction du temps de travail et les emplois-jeunes ont été volontairement choisies pour éviter de créer trop d’emplois !

On ne veut pas nous croire ?

Qui a dit : « Dans la conjoncture actuelle, il n’y a que la pression du chômage qui évite une embardée sociale. Une amélioration sur le terrain de l’emploi entraînerait fatalement une pression salariale que le pays ne peut se payer » ? C’est un conseiller d’Alain Juppé quand il était à Matignon.

Qui a dit : « Dans une économie marchande telle que la notre, la conjonction de créations d’emplois et de baisse du chômage [...] a pour conséquence une hausse du prix du travail. Une réduction du chômage se traduirait alors vite par des pertes de compétitivité insoutenables ». C’est une note d’un service du ministère du Travail adressée à Jacques Barrot.

Qui affirme que les 60 milliards de francs de nouvelles recettes fiscales liées à la croissance en 1998, devront être affectées à la baisse des déficits publics et non à l’emploi ? C’est Dominique Strauss-Kahn.

Alors assez de mensonges !

Il faut le marteler, les gouvernements qui se succèdent ne veulent pas résoudre la question du chômage car ils craignent la reprise de l’inflation, désastre à leurs yeux et qui serait pire que le chômage. De toute façon, se disent-ils, il existe des filets de protection comme le RMI, qui empêchent les gens de mourir de faim.

Mais les idées, les concepts sur lesquels ils se fondent sont obsolètes, périmés, dépassés, paralysants, dangereux.

Les preuves sont nombreuses, en voici une :

Deux universitaires américains ont montré que « Cette courbe [la courbe de Phillips] a perdu de sa fiabilité. Le chômage a baissé dans les années 90 aux Etats-Unis, sans déclencher d’inflation ».

L’inflation aux USA, selon cette courbe, aurait dû passer à 4 % en 95-96 du fait de la baisse du chômage. Or, elle est tombée à 2,25 %.

En 1997, alors que le taux de chômage était de 4,7 %, l’inflation était tombée à 1,7 %, un ralentissement inconnu depuis 33 ans.

Pourquoi un tel phénomène ?

Selon Alan Greenspan, le Président de la Réserve Fédérale, ce serait parce que les travailleurs hésiteraient à demander des hausses de salaires.

Quant au NAIRU, un expert français dit que « la mesure du NAIRU est si imparfaite que ce concept est presque inutilisable ».

Alors, si c’est inutilisable, pourquoi l’utilise-t-on ?

Car ces idées impriment toujours la définition des politiques économiques, tant nationales, qu’à Bruxelles, à l’OCDE ou au FMI.

La désinflation, menée depuis des années, a produit ce qu’elle devait produire : un transfert de richesse des pauvres vers les riches.

III.

Oui, l’emploi pour tous, pour toute la vie, est possible. Il existe une multitude de façon d’y parvenir.

Voici 7 raisonnements.

1.- Il faut changer notre conception de la croissance

Evidemment, l’effet mécanique d’une certaine croissance se traduit par un certain volume d’emploi.

Mais une croissance pour fabriquer quoi ? Dans quelles conditions ? Comment ? La croissance, aujourd’hui, du moins celle produite par les grandes entreprises, ne vise qu’à répondre aux besoins de performance boursière de court terme. Le développement humain n’est pas son problème, ni le respect de l’environnement.

C’est donc la nature-même de la croissance qu’il faut changer, car la croissance pour la croissance n’a aucun sens. Et, disant cela, je ne préconise pas le retour aux idées du Club de Rome et au malthusianisme.

Il faut au contraire une croissance fondée sur le développement des grandes infrastructures humaines que sont les systèmes éducatifs, de santé, d’écologie, de démocratie, des systèmes culturels et de loisirs, de transports collectifs, de logement.

Les investissements seront essentiellement publics, par de la création monétaire qui même être non inflationniste, comme l’ont montré les experts de l’association Chômage et monnaie.

2.- Il faut changer notre conception des échanges internationaux

Nous sommes dans la mondialisation, on nous le répète assez souvent pour nous indiquer que nous ne pouvons rien faire. Mais quelle mondialisation ? C’est celle de la guerre commerciale mondiale totale. Son but n’est pas le développement humain, c’est de détruire l’autre pour lui prendre son marché. Cette logique est une impasse. Tous les pays ont les mêmes stratégies d’exportation. Mais tout le monde ne peut toujours vendre sans jamais acheter. Et affaiblir l’autre, c’est s’affaiblir soi-même, car qui achètera nos produits ? Dans les pays asiatiques, qui va, désormais, avec les millions de nouveaux chômeurs qui s’annoncent, acheter nos produits ?

Techniquement, nous ne sommes pas prisonniers du mythe de la toute-puissance des marchés financiers. Nous pouvons nous en libérer.

Politiquement, c’est beaucoup plus difficile, car toutes les instances internationales sont imbibées de l’ultra libéralisme et il est très difficile d’avancer. Mais pas impossible, comme le montre le recul provisoire sur l’AMI.

Cette guerre commerciale est paradoxale, car nous ne pouvons ni la perdre, et il ne faut pas la gagner.

Nous ne pouvons pas la perdre, car cela signifierait encore plus de chômage et de difficultés chez nous.

Mais nous ne devons pas la gagner, car nous ne ferions que transférer aux autres nos propres turpitudes, qui se retourneraient très vite contre nous-mêmes.

Il faut obtenir un équilibre dans les échanges, par un nouveau bi-latéralisme, source future d’une nouvelle organisation d’ensemble au niveau mondial.

Nous avons besoin d’agir de manière globale – systémique – pour ressourcer le monde, l’Europe, la nation, le local.

Voilà une posture politique que devraient adopter les gouvernements.

3.- Il faut changer notre conception du travail

On ne peut réduire le travail à son seul aspect marchand et salarié. Non pas pour préconiser la fin du salariat. Mais pour constater que le travail – activité créatrice de valeur et de richesse qui permet de répondre à des besoins – est toujours marqué par son époque.

Le travail sert bien à répondre aux besoins. Ceux-ci sont immenses. Et des besoins parmi les plus immédiats ne sont pas satisfaits : manger, se loger, se déplacer, se soigner, s’éduquer, se divertir...

Voilà du travail à faire.

Et il existe bien d’autres besoins, liés à notre époque.

Et notre époque, précisément, n’appelle-t-elle pas à un double élargissement de notre conception du travail : se produire soi-même et produire de la société.

Se produire soi-même, c’est considérer qu’une partie des activités de formation, d’éducation, de culture, visant à se produire en tant que personne et en tant que citoyen, peuvent être rémunérées comme du travail.

Produire de la société, c’est considérer que des fonctions nouvelles sont nécessaires au perfectionnement de notre système démocratique, pour le rendre plus participatif, transparent, humain, solidaire.

Finalement, il s’agit de sortir des deux modes habituels de création d’emplois : le marché ou l’Etat. Il s’agirait d’encourager les citoyens à décider eux-mêmes de ce qu’ils considèrent comme étant du travail, c’est-à-dire les activités et fonctions qui leurs paraissent devoir être développées pour leur bien-être.

J’ajoute un argument arithmétique : il existe 15 millions, d’emplois dans le secteur marchand, 5 millions dans le secteur non marchand et 5 millions de chômeurs.

Ces 5 millions vont-ils tous intégrer le secteur marchand, ce qui reviendrait à croire que les entreprises pourraient augmenter leurs effectifs de 30 %.

Vont-ils tous intégrer les services de l’Etat ?

4.- Il faut l’investissement permanent pour l’emploi

Nous avons montré, dans un rapport remis en janvier dernier aux pouvoirs publics, que le chômage avait coûté, en 1997, 1 100 milliards de francs : 700 milliards de dépenses et 400 milliards de manques à gagner.

Nous avons montré également qu’une très grande partie de cette somme pouvait être redéployée pour payer de l’emploi, sans remettre en cause les indemnités de chômage et les diverses allocations sociales.

Faisons un petit calcul, même s’il n’est pas correct, juste pour se faire une idée des sommes en jeu et des possibilités. 1 100 milliards de francs représente de quoi payer 7 millions de salaires à 150 000 francs le salaire (chargé).

Bien sûr, ces 1 100 milliards ne peuvent être tous redéployés, mais quand même, il reste de la marge pour payer sans difficulté 5 millions de salaires.

Mais il y a une condition : remettre à plat tout notre système de protection sociale. On ne peut pas mobiliser ces sommes par petits bouts, il faut une inversion de logique, sinon cela ne donne que des résultats marginaux.

A cette condition, il est parfaitement possible, en quelques années, de créer et de financer l’emploi pour tous.

5.- Il faut créer un fonds national d’investissement pour l’emploi

L’outil opérationnel de l’investissement permanent pour l’emploi, est la création d’un fonds national, décentralisé dans les territoires.

Il concentre tous les crédits de l’Etat, de l’Union européenne, des collectivités locales, des régimes sociaux consacrés à l’emploi. S’il existe des blocages pour le créer, alors il faudra faire un référendum.

Et avec ces crédits, il paye des salaires – pour financer ce que nous appelons le statut de l’actif – par le truchement de fonds décentralisés.

C’est dans ce fonds, par exemple, qu’il faudrait mettre quelques dizaines de milliards provenant des recettes fiscales de 1998 liées à la croissance.

6.- Il faut une dynamique sociale d’un nouveau type

Pendant deux siècles, la droite a vu la régulation de l’économie et de la société plutôt par le marché. La gauche, de son côté, voyait plutôt l’Etat.

Oui au marché et oui à l’Etat. Mais l’un et l’autre sont en crise et ne doivent plus – ne peuvent plus - rester les modes d’organisation dominants dans la société.

Il faut un troisième acteur : la société elle-même. Il faut l’émergence des citoyens, pour peser sur le marché et sur l’Etat, pour exister en tant que tels, pour reprendre le pouvoir sur l’un et sur l’autre. C’est le principe de la souveraineté populaire.

7.- Il faut expérimenter

La question centrale, à nos yeux, est la capacité des citoyens à sortir de la fatalité et de l’absence d’avenir. Nous pensons qu’il existe une piste sérieuse au travers de ce que nous appelons des expérimentations.

Nous voulons expérimenter des territoires sans chômeurs. A l’échelle de petits territoires, les pays, par exemple, là où les chômeurs ne sont pas des chiffres, mais nos voisins, nos amis, notre famille.

Expérimenter, c’est essayer de faire des choses nouvelles, inhabituelles. Des choses qu’il n’est pas possible de réaliser dans le cadre du droit actuel.

Il s’agit donc d’obtenir des pouvoirs publics, le droit d’essayer de faire autre chose, et de généraliser à l’ensemble de la nation si ça marche.

Expérimenter, c’est engager la révolution de velours pour l’emploi que nous appelons de nos vœux. Mais il s’agit évidemment d’une action pacifique, tranquille et joyeuse.

Expérimenter, c’est sortir de la grisaille et se donner des perspectives.

Expérimenter, c’est repenser le quotidien, c’est-à-dire l’expression quotidienne et pratique de la citoyenneté.

Expérimenter, c’est trouver l’extraordinaire dans l’ordinaire.

Expérimenter, c’est créer du sens, sans le remplir à l’avance.

Expérimenter, c’est créer des évènements, des situations, de l’inopiné.

Expérimenter, c’est rassembler des gens d’un territoire, tous les gens, au-delà des clivages professionnels et politiques, pour vivre mieux.

Oui, l’avenir, vraiment, peut être superbe.

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