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Par Jacques Nikonoff

Le 17 août 2016.

BertrandSchwartz

Bertrand Schwartz, né à Paris le 26 février 1919, s’est éteint le 30 juillet 2016. Il était peu connu du grand public. Pourtant sa vie a été exemplaire et source d’inspirations.

Ancien élève de l'École polytechnique, ingénieur au Corps des mines, il est mobilisé comme sous-lieutenant dès le début de la Seconde Guerre mondiale. Il est sur place lors du drame de Dunkerque en juin 1940. Pendant les six mois qu’il passe ensuite en prison en Espagne, il rencontre des hommes d’une autre origine sociale que la sienne, des communistes, des socialistes, des gaullistes, des syndicalistes. Il en restera marqué à jamais. En 1943, il rejoint les Forces Françaises Libres et la division Leclerc. Il fait le débarquement de Normandie le 6 juin 1944. En 1945, démobilisé, il décide de faire un stage d’ouvrier-mineur de six mois, initiative encore inconnue pour un polytechnicien.

Bertrand Schwartz a occupé d’éminentes fonctions pendant sa carrière, et notamment la direction de l’École des mines de Nancy. Il a été l'un des principaux spécialistes français des questions de formation professionnelle continue. Il a créé et présidé l'association Moderniser sans exclure et l’Institut Bertrand Schwartz.

Mais le point sur lequel je veux insister pour rendre un hommage plus personnel à Bertrand Schwartz, est son rôle de délégué interministériel à l'insertion professionnelle et sociale des jeunes en difficulté, de 1983 à 1985. C’était il y a des années-lumière, quand la gauche essayait de résoudre les problèmes de la population… En 1981, le Premier ministre Pierre Mauroy lui demande un rapport sur l’insertion des jeunes. Quelques mois plus tard il publie L'Insertion des jeunes en difficulté (Paris, La Documentation française, 1981).

 

C’est de là que vont naître les Permanences d’accueil, d’information et d’orientation (PAIO), les Missions locales, les stages d’insertion sociale et professionnelle en alternance pour les 16-18 ans, les stages qualifiants également en alternance.

Tous ceux qui, comme moi, se sont investis avec enthousiasme à l’époque dans ce magnifique projet sont infiniment tristes. Ils feront vivre, sans aucun doute, la mémoire de Bertrand Schwartz. Nous avons pu vérifier, sur le terrain, la pertinence de ses analyses et de ses propositions. Pour avoir participé à la création d’un des premiers « Comité local de l’emploi », à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), en 1982-1983, puis travaillé avec le « Comité de liaison des comités de bassins d’emploi » (CLCBE) lorsqu’il était présidé par le sénateur Gérard Delfaut, j’en témoigne. Pour avoir également participé, dès ses débuts, à la mise en œuvre du plan de Marcel Rigout, ministre communiste de la Formation professionnelle, qui a appliqué le « rapport Schwartz », je le confirme. Chacun devrait relire ce rapport, car trente-cinq ans après il n’a pas pris une ride.

Cependant, trois décennies plus tard, il existe encore des dizaines de milliers de jeunes qui sortent, chaque année, du système scolaire sans rien. Pas de diplôme. Pas de formation. Une maîtrise très incertaine du français écrit et parlé ainsi que du calcul. Ces jeunes sont projetés dans le vide.

Avec le projet de Bertrand Schwartz, il s’agissait d’accueillir ces jeunes et de les orienter pour les aider à s’insérer. Mais pour qu’il y ait insertion, encore faut-il qu’il y ait de l’emploi ! C’est là le drame du projet de Bertrand Schwartz qui n’a pu donner sa pleine mesure à cause des politiques de mondialisation néolibérale : délocalisations, libre-échange, prise de contrôle de la finance sur l’économie réelle, interdiction de toute possibilité de politiques alternatives avec la mise en place de l’euro et des institutions internationales comme l’UE, le FMI, l’OMC…

Bertrand Schwartz, pourtant, par l’expérimentation, a fait la démonstration pratique que l’insertion sociale et professionnelle était possible pour tous les jeunes, sauf exceptions médicales. Pour y parvenir, il faut créer un « triangle » : un lien de confiance coordonné entre le jeune qui sera aidé par deux tuteurs, un tuteur extérieur au lieu d’activité et un tuteur à l’intérieur du lieu d’activité.

Le premier tuteur, extérieur à l’entreprise, est un travailleur social (assistant social, éducateur spécialisé, formateur…) qui est proche du jeune et qui tente de résoudre avec lui tous ses problèmes extérieurs au stage d’insertion/qualification et d’entreprise (santé, drogue, logement, formalités administratives…), lien avec l’entreprise, la famille, etc. Ce travailleur social doit même aller jusqu’à aller réveiller le jeune le matin, si nécessaire, pour le conduire au travail ou au centre de formation !

Rappelons que la formation en alternance signifie une semaine dans l’entreprise puis une semaine au centre de formation, et ainsi de suite pendant 6 à 8 mois, avec une indemnité.

Le second tuteur, à l’intérieur de l’entreprise, est désigné par accord entre l’employeur et le syndicat de l’entreprise. Il dispose en principe d’une décharge. Ce type de stage ne devait pas être créé dans les entreprises ou administrations qui n’ont pas de syndicat, afin d’éviter tout risque d’instrumentalisation des jeunes par les employeurs.

Le tout est coordonné par un formateur du centre de formation qui pilote le processus d’insertion et de qualification et qui assure le lien avec le jeune et les autres acteurs.

Cette pratique s’inspire en fait de vieilles traditions de solidarité ouvrière. Jusqu’au milieu des années 70, dans l’industrie, de nombreuses personnes « abîmées » étaient présentes (alcooliques, illettrés, handicapés, accidentés du travail…). Elles étaient prises en charge par le collectif de travailleurs et tout se passait bien. C’est l’influence de l’idéologie néolibérale, et sa folie de la « performance », qui a fait s’effacer des mémoires ce réflexe fondamentalement humain…

Dans la pratique de ceux qui ont participé à cette aventure, à ses débuts, nous avons obtenu que le tuteur interne à l’entreprise pouvait être désigné d’un commun accord entre la direction de l’entreprise et les organisations syndicales. Des stages de deux semaines de formation pouvaient même être organisés pour ces tuteurs qui étaient enthousiastes. Ce qui a été possible à l’époque l’est encore aujourd’hui. Car ouvrir l’emploi à plus de 5 millions de personnes qui en sont aujourd’hui privées, dont certaines n’ont jamais travaillé et d’autres n’ont plus travaillé depuis des années, ne sera pas une tâche aidée. Mais c’est possible !

Nous devrions tous retirer trois leçons de l’enseignement de Bertrand Schwartz :

 

1.- L’emploi est la question centrale posée à la société française.

Cela fait plus de quarante ans qu’on le sait. Quarante ans que les jeunes, la population, le font savoir aux élites. La plupart du temps sans grande démonstration visible. Car aussi étrange que cela puisse paraître, on n’a encore jamais vu de manifestations de masse des chômeurs. La plupart des chômeurs préfèrent tourner leur colère contre eux et acceptent leur sort en silence, ils ont été culpabilisés.

J’accuse la gauche et la droite, qui dirigent le pays à tour de rôle depuis des décennies, et le grand patronat, d’être responsables de cette véritable épuration sociale. Par leurs politiques de mondialisation, ils n’ont pas protégé l’industrie, ils l’ont au contraire délocalisée. Ils ont organisé consciemment le chômage et la précarité.

Il faut donc viser la suppression définitive, permanente, rapide du chômage et de la précarité.

Je le dis avec gravité, le djihadisme est aussi la conséquence du chômage de masse. Cessons de nous masquer cette réalité. Sans chômage et désespérance d’une partie de la jeunesse, tout cela n’existerait pas. Supprimons le chômage, et le nombre de jeunes tentés par le djihadisme disparaîtra rapidement. Car le djihadisme, en quelque sorte, est un travail de substitution, remplaçant le travail « normal » dont des centaines de milliers de jeunes sont privés. Un travail de mort, mais un travail qui donne une utilité, une reconnaissance sociale auprès d’une petite communauté de fanatiques. Arrachons ces jeunes au néant, rendons-les utiles à la société par le travail qu’ils peuvent fournir, reconnaissons ce travail, et les forces de vie reprendront le dessus sur les forces de mort !

2.- Tout le monde ou presque peut s’en sortir et occuper un emploi si on adapte le travail à l’humain et non l’inverse.

Tous les jeunes en manque d’insertion sociale et professionnelle peuvent s’en sortir si on organise autour d’eux le « triangle magique » expérimenté par Bertrand Schwartz. Il ne s’appliquerait plus simplement aux stages d’insertion et de qualification mais à l’emploi qui doit suivre immédiatement après la formation. C’est pourquoi des centaines de milliers d’activités non-qualifiées doivent être créées (voir mes différents travaux). Elles deviendront de plus en plus qualifiées au fur et à mesure de la montée en qualification de la main-d’œuvre. Pour y parvenir, au lieu d’adapter les gens au travail à faire, il faut permettre au travail de s’adapter aux gens. La comparaison n’est pas totalement pertinente, mais elle est concrète et parlante. L’Association de gestion du fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées (AGEFIPH) le fait déjà depuis des années, elle finance les aménagements du poste de travail pour l’adapter à la réalité de la personne. On peut étendre ce savoir-faire à d’autres publics.

 

3.- Former dans l’emploi et non pas avant l’emploi.

La pratique dominante reste aujourd’hui celle de la distinction entre deux moments séparés : la qualification en centre de formation ou établissement d’enseignement et ensuite, une fois la qualification et/ou le diplôme obtenu, l’emploi et le recrutement dans une entreprise. Ce schéma a bien fonctionné en période de plein-emploi. Il ne fonctionne plus depuis longtemps, car après les stages ou à la sortie de l’école, bien souvent l’emploi fait défaut. Les jeunes vont alors de stage en stage sans trouver d’emploi.

Compte tenu du chômage de masse et d’une déqualification sociale et professionnelle importante d’une partie des jeunes, il faut inverser le processus : embauche d’abord, et formation en même temps dans et hors l’entreprise, mais avec un contrat de travail en CDI. Il faut donc faire exactement l’inverse de ce qui a été fait ces trente dernières années. Au lieu de former d’abord pour ensuite soi-disant favoriser l’accès à l’emploi – système qui ne fonctionne pas car il n’y a pas d’emploi après – il faut mettre les jeunes d’abord en emploi et les former en même temps. C’est l’expérience réussie qu’a proposé en son temps Bertrand Schwartz, sans être entendu. Il propose que tous les jeunes à la rue se voient proposer un emploi, avec leur accord, dans le secteur marchand ou non-marchand, dans des conditions spécifiques.

C’est Bertrand Schwartz, enfin, qui a remis la légion d’honneur à Maurice Bernard, figure légendaire du monde ouvrier de Seine-Saint-Denis. Maurice Bernard, ouvrier spécialisé chez Babcock à La Courneuve, militant de la CGT et du PCF, habitant de la cité des 4 000 logements à La Courneuve, a été un des cofondateurs de l’association Un travail pour chacun qui a toujours entretenu des liens étroits avec Bertrand Schwartz.

Tout ce qui vient d’être dit jusqu’à présent n’est possible que si des emplois sont créés.

Est-ce possible ? Ma réponse est positive. Bertrand Schwartz m’a aidé dans mes travaux pour montrer que l’on pouvait éliminer le chômage. Il m’a fait le grand honneur de me mettre le pied à l’étrier en acceptant de publier avec moi, en 1996, mon premier ouvrage intitulé Existe-t-il des réservoirs d’emplois ? (Arléa – Corlet). Nous avions démontré que ce n’était pas le travail qui manquait, mais la volonté politique…

Sous une apparence physique qui pouvait paraître frêle, Bertrand Schwartz possédait en réalité une force et une volonté peu communes. Mais c’est toujours avec un grand tact, le respect de ses interlocuteurs, la pondération dans l’expression qu’il parvenait à emporter l’adhésion. Tout, en lui, respirait l’humanité.

Jacques Nikonoff

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  • Invité - VINCENT Paul

    Echange de correspondance entre ses anciens élèves.
    Voici en vrac ce qui me revient concernant Bertrand Schwartz.
    Il descend d’un pasteur Debré d’origine alsacienne qui a donné une branche Debré et une branche Schwartz d’orientations politiques différentes. Mais chez les Schwartz on s’est d’abord illustré dans les maths (médaille Fields pour Laurent le frère de Bertrand) dans la médecine pour les Debré comme Bernard à Cochin, Robert à son Hôpital pédiatrique.
    Je me souviens que Bertrand Schwartz voulait dès la première année nous entraîner avec lui à changer la pédagogie de l’école (plus du tout d’enseignement magistral – petits groupes de travail et de recherche). Il s’est aussi consacré ensuite à des centres pour l’enseignement permanent des adultes – j’ai connu de ses réussites chez Babcock (FCB) à La Courneuve* avec sa Cité des 4000 (logements !)- il en a monté aussi dans des ensembles industriels moins vastes et je crois en Algérie ( il me semble que Jean avait travaillé avec lui et avait eu des velléités d’écrire et de publier sur ses expériences).
    J’ai connu ensuite Bertrand participant à un “club de réflexion” Le Club du Mardi” autour de Christian Le Guillochet , créateur à Montparnasse du Lucernaire, un complexe culturel avec plusieurs salles de théâtre et de cinéma, une salle de conférences, un restaurant, une galerie d’exposition, avec aussi Jean Louis Bianco, Harlem Désir, Stéphane Hessel,Bertrand Poirot Delpech, le franco-togolais Koffi Yamgnade ( également un ancien de Nancy, et qui fut ministre )....
    Hélas je me fatigue de plus en plus tôt sans encore avoir 97 ans !
    Donc bonsoir pour aujourd’hui.

    * Il y a bien sûr Jacques Nikonoff et j’ai aussi été content d’y connaître Maurice Bernard.

  • Invité - Robert Sellem

    Texte limpide et chaleureux.
    La pratique actuelle de l'apprentissage répond en partie à l'analyse du problème social soulevé . . . sauf qu'il n'y a pas nécessairement emploi à la clef.

  • Invité - Debra

    En lisant les commentaires au dessus, je suis frappée par la pauvreté de langue du mien, comparé à d'autres.
    Mea culpa.
    Il y a longtemps, dans un pays étranger, j'ai appris à écrire de manière vivante, mais me suis laissée aller à cette maladie qui nous mine collectivement à l'heure actuelle : un français désaffecté (à entendre de plusieurs manières, si vous le pouvez...).
    Puis-je suggérer que la langue est notre premier terrain politique, et qu'elle doit être notre priorité ?
    La langue française agonise en ce moment sous le poids de trop de désaffection, due à NOTRE désaffection, et notre manque de considération pour sa noblesse et la nôtre, qui en découle.
    NOUS irons mieux... si/quand elle ira mieux.
    Ce n'est pas une mission abstraite de second ordre de la soigner, non plus.
    Quelques.. verbes (variés) de plus insuffleraient une âme à des propos qui peuvent paraître... désaffectés.
    Et sur ce terrain, il n'y a pas que les pronoms PERSONNELS qui vont lui être d'un grand secours...
    Merci de votre écoute.

  • Invité - FRANCIS ROCCHI

    J'aurais aimé connaître B Schwartz, je suis en quelque sorte sur sa "longueur d'onde" ( mille pieds dessous) : à 20 ans petit bourgeois conscient de ne rien savoir des ouvriers j'ai travaillé 15 jours comme mineur de charbon à Gardanne. J'ai ensuite dirigé des hommes et des femmes pendant 40 ans sans jamais les "commander". Ingénieur Hospitalier les 15 dernières années :
    « Le 1er février 1979 je prends la direction de la blanchisserie, le matin même de la ré­ception des travaux.
    Le lendemain je réunis le personnel et prononce le petit laïus que j’avais préparé pour me présenter et parler de notre établissement. J’avais noté quelque chose comme « il faut que vous ayez présent à l’esprit que vous participez à la noble mission de santé envers vos concitoyens. Com­ment les chirurgiens pourraient-ils travailler avec sécurité si les champs opératoires que vous leur fournissez ne sont pas propres et sains ?». Lorsque j’arrive à cette phrase, j’hésite à la lire, elle me paraît gnan­gnan, c’est l’instinct qui décide et c’est contre ma volonté raisonnée que je m’entends la prononcer.
    Quelques jours après, je parle avec une des lingères, 20 ans de service à l’hôpital, elle me retient et me dit que dans tous les hôpitaux les buandiers sont considérés comme des parias, ce sont les derniers après les jardiniers, et que ce que j’avais dit leur était allé droit au cœur,

    Lorsque j'ai informé le personnel que serait mis en place un système de tri informati­sé pour lequel chacun devra être formé au pilotage d'un ordinateur, ces gars peu instruits mais conscients m'ont dit qu'ils n'en seraient pas capables.
    J'ai utilisé les arguments suivants qui les ont rassurés :
    l'ordinateur c'est un appareil comme le téléphone, il est bête
    l'intelligent c'est l'homme, et moi je vous ai entendu analyser et disséquer le lun­di matin le match de foot de la veille auquel, moi, je ne comprends rien.
    Vous apprendrez l'ordinateur aussi facilement que moi je pourrais comprendre les matchs de foot.
    Après étude et visite de l'usine située près d'Oxford, je passe commande. Com­mencent ensuite les discussions de mise au point des détails techniques qui sont l'objet de plusieurs séances animées, dignes d'inspirer des scènes cocasses à un Pagnol anglais.
    Á chacune de mes demandes de modification du programme informatique il m'est répondu, en anglais, «impossible» à quoi je rétorque avec mon meilleur accent britannique «it is possible», puis en français quelques argument du genre «donnez-moi le listing de votre pro­gramme et je vous montre que c'est possible». Bref des conversations humoristiques qui se croient sérieuses.
    En fin de compte mes demandes «impossibles» ont quand même été réalisées.
    La mise en service de ce matériel informatisé fut l'occasion de mettre en valeur les agents de ce service. Ils ont rapidement compris comment se servir de l'outil et le maîtriser. Ce qui est le contraire de «ils ont su rapidement s'adapter aux nouvelles méthodes de pro­duction» »
    Amicalement à Jacques Nikonoff

  • Invité - bernard DAVID

    merci pour ce bel hommage .
    Dans la perspective de 2017 d'autres questions relatives à l'emploi me semblent devoir être posées : si on s'accorde sur le fait que l'objectif du capitalisme n'est pas l'emploi mais le profit , quelles mesures concrètes peut/doit on prendre pour endiguer la mondialisation capitaliste et donc favoriser l'emploi ; Comment partager le travail et les revenus : y a t-il des études chiffrées ? Comment concilier croissance ( des revenus des plus pauvres ( l' enrichissement toujours plus grand d'une infime minorité s'étant fait en achetant le silence des classes moyennes) et protection de l'environnement ( enjeu majeur des générations futures) . Comment redonner aux services publics leur vrai role de satisfaction et de protection de besoins collectifs ? ..... a disposition pour se gratter la tète ensemble

    à 20125 Soccia, France
  • Invité - Debra

    Il y a beaucoup de belles choses écrites dans cet hommage qui me révèle un homme exceptionnel dans la personne de Bertrand Schwartz.
    Je suis entièrement d'accord avec l'analyse que le problème est politique.
    Mais... ce problème politique concerne toute la société, pas seulement la gauche, ou nos dirigeants.
    Il émane de nos attitudes, nos valeurs, et la valeur que NOUS attachons à la personne humaine, ainsi qu'au travail.
    Il est malheureux mais inéluctable que l'organisation industrielle du travail, après avoir fabriqué les marchandises interchangeables POUR des personnes interchangeables dans le but... oh combien bienveillant de démocratiser la richesse pour tous, ait fini par rendre l'ouvrier, le travailleur, aussi interchangeable que les autres acteurs de ce processus, tout en dévalorisant le travail par la même occasion.
    L'organisation de masse de notre civilisation aboutit au travailleur indifférencié, et indifférent, pendant qu'on y est.
    Une société qui est attachée à la PERSONNE humaine est aux antipodes d'une société qui produit pour la masse d'individus, quelle que soit l'APPARENTE bienveillance de cette société.
    Pour conclure, je ne crois pas que NOUS avons la volonté politique, toutes tendances confondues, pour renverser cet état d'affaires, dont l'origine est très complexe, d'ailleurs et remonte à très loin en arrière.
    Et je ne crois pas non plus à l'heure actuelle que nos... démocraties, car nous vivons bel et bien dans des démocraties, ont l'énergie et la volonté pour remettre la personne humaine au centre de nos préoccupations comme Bertrand Schwartz a pu le faire.
    En l'absence de notre.. VOLONTE de nous appuyer sur la valeur de la personne humaine, nos projets resteront lettre morte, et seront autant de pansements collés sur une hémorragie.
    Diagnostic pessimiste mais je l'assume : diagnostic pessimiste pour notre société, mais éventuellement optimiste pour LA personne humaine singulière...

  • Invité - Jégu

    Bonjour Jacques.

    C'est avec émotion que je viens de lire ton hommage à Bertrand Schwartz. Je ne l'ai pas connu personnellement, mais comme tu le sais, je peux témoigner de la force , de l'ouverture et de la générosité des analyses de l'association "Un Travail pour Chacun" , dont tu étais la cheville ouvrière. On n'oublie pas si aisément Maurice Bernard ni tes ouvrages de l'époque aux éditions Arléa. Comment se fait-il que personne ne semble avoir entendu nos propositions pourtant réalistes et, de ce fait, relativement modérées ?

    Qui contestera que l'emploi soit la question centrale posée à notre société ? Est-il donc si révolutionnaire de penser et de dire que le travail doit exister pour l'homme et non point l'homme pour le travail ? Quant à la formation dans l'emploi en lieu et place de la formation avant l'emploi, je l'ai plusieurs fois expérimentée dans ma vie professionnelle : combien de changements de poste ou d'affectation rendus possibles par un employeur vous accordant le temps et les conditions pour prendre vos marques. Mais cela n'est-il pas devenu de l'histoire ancienne ; maintenant, on use, on compte, on recompte et on jette !

    Pourquoi donc, malgré les efforts de gens tels que Bertrand Schwartz et tellement d'autres, assistons-nous à ce qu'il faut bien appeler une régression sociale généralisée ? Eh bien, Jacques, je dirais volontiers comme d'autres l'ont fait : notre ennemi c'est la finance et nous l'avons sous-estimé. Mais il faut être plus précis, car il nous faudra toujours de la rigueur comptable. Notre ennemi ce sont les financiers qui nous ont volé nos monnaies, les seules monnaies politiquement légitimes c'est à dire nos monnaies nationales. Les peuples ne seront libres que le jour où chacun aura en main son pouvoir monétaire; c'est à dire la maitrise de ses engagements vis à vis de ses membres et vis à vis des peuples voisins

    Mais sur ce chapitre décisif, nous sommes hélas collectivement restés des ignorants et soumis aux dictats des banquiers, centraux ou pas. Pourtant des systèmes monétaires alternatifs sont possibles ( James Robertson, Joseph Huber, ... ). Immense espace à conquérir par l'éducation populaire à laquelle, à juste titre, tu tiens tant.

    Bien cordialement.
    J.J.

  • Invité - Bafour

    Merci pour ce rappel synthétique de ce que Bertrand Schwartz apporta en son temps: Il donnait une autre lecture de la réalité qui nous préoccupait.
    M.Bafour. Chantiers de l'Emploi.

  • Invité - OSTER-GRELLETY Rosemarie

    Bertrand Schwartz avait passé les Pyrénées à pied en mars 1943 avec mon père, Charles Oster. Les parents Schwartz étaient restés à Toulouse et seront malheureusement déportés.
    Bertrand Schwartz nous manquera ; c'est un exemple d'humanité.

    à Dordogne, France
  • Invité - Hubert VIALLET

    Bel exemple d'homme généreux et courageux. Et comme tu dis :
    "Mais pour qu’il y ait insertion, encore faut-il qu’il y ait de l’emploi ! C’est là le drame du projet de Bertrand Schwartz qui n’a pu donner sa pleine mesure à cause des politiques de mondialisation néolibérale : délocalisations, libre-échange, prise de contrôle de la finance sur l’économie réelle, interdiction de toute possibilité de politiques alternatives avec la mise en place de l’euro et des institutions internationales comme l’UE, le FMI, l’OMC."
    D'accord avec le programme du PARDEM, mais à mon sens il reste des questions importantes concernant le contrôle de l'économie sans tomber dans l'étatisme.
    Dans l'entreprise, comment transférer le pouvoir exclusif des actionnaires vers ceux qui y travail? (avez vous un projet de loi?)
    comment modifier la constitution de 1948 pour limiter le droit de propriété des biens de production? proposition d'article?
    comment voyez vous l'investissement dans les entreprises?
    Quel type de protectionnisme solidaire proposez vous?
    comment voyez vous la concurrence à l'intérieur de notre pays?
    J’attends toujours votre livre (annoncé à Athènes le 28 juin 2015) sur ces sujets.

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