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Par Jacques Nikonoff

Le 11 octobre 2009

A peine éteints les feux du G20 de Pittsburgh, deux autres sommets se préparent : Genève (fin novembre, 7e conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce) ; Copenhague (mi-décembre, conférence de l’ONU sur les changements climatiques).

Qui dit « sommet », dit « contre-sommet ». Ceux de Genève et de Copenhague sont complémentaires. Celui de Genève marquera le dixième anniversaire du mouvement altermondialiste (Seattle, 1999). Paradoxalement, peu est fait, en France, pour assurer son succès, alors que toutes les forces sont mobilisées pour Copenhague. Pourquoi ? Parce que la lutte contre le libre-échange passe par du protectionnisme, et c’est un tabou.

Du coup, on se demande parfois s’il ne serait pas préférable d’être un bébé phoque ou un thon rouge de la Méditerranée, plutôt qu’un ouvrier français ou un paysan africain, tant la protection des premiers semble désormais consensuelle, alors que celle des seconds est assimilée à du « protectionnisme ».

Le démantèlement du libre-échange est urgent. Après des décennies de « libéralisation » du commerce international, les promesses faites par le libre-échange n’ont pas été tenues. Il a servi à mettre en concurrence les systèmes nationaux de protection sociale et de fiscalité. Résultat : délocalisations, désindustrialisation, pression sur les salaires, destruction des acquis sociaux au Nord. Le Sud n’est pas mieux loti : le développement de son agriculture a été interdit. Il accélère les risques environnementaux : appauvrissement de la biodiversité, changement climatique, pénuries d’eau, accumulation de substances toxiques... Le dumping environnemental s’ajoute aux dumpings social et fiscal.

 

Un nouvel ordre commercial international est nécessaire : il faut remplacer l’OMC par l’OIC

Entre 1947 et 1948, 53 pays avaient élaboré la Charte de la Havane. Son but était de créer une Organisation internationale du commerce (OIC), dans le cadre de l’ONU. Elle n’a pas vu le jour, le Sénat américain ayant refusé sa ratification. Cette Charte, qui ne s’oppose pas à la liberté du commerce, estime que « la prévention du chômage et du sous-emploi est une condition nécessaire pour […] le développement des échanges internationaux ». Elle place en son cœur le principe de l’équilibre de la balance des paiements : « les Etats membres chercheront à éviter les mesures qui auraient pour effet de mettre en difficulté la balance des paiements des autres pays ». Des « restrictions quantitatives » sont possibles, tout comme le contrôle des mouvements de capitaux. L’intervention de l’Etat est autorisée, des garanties sont fixées pour les produits de base (blé, riz, mil…) qui ne sont pas considérés comme de simples marchandises.

Pour aller dans cette direction, que peut-on attendre des institutions multilatérales (FMI, Banque mondiale, Union européenne, OMC) ? Comment les empoisonneurs pourraient-ils protéger l’environnement ? Comment les « mondialisateurs » pourraient-ils se préoccuper des « mondialisés » ? Seules des décisions unilatérales de pays très motivés feront bouger les lignes.

Organisons un vaste mouvement international de sortie de l’OMC. C’est parfaitement légal puisque son traité fondateur, en son article XV, stipule que « Tout Membre pourra se retirer du présent accord ». En France, un référendum donnerait à un gouvernement qui s’engagerait dans cette voie toute la légitimité populaire souhaitable. Les raisons de ce retrait ne seraient pas étroitement nationalistes mais signifieraient un appel aux peuples à sortir du néolibéralisme et du libre-échange.

Il faudra aussi se libérer de l’Union européenne puisque ses pays membres lui ont donné mandat pour négocier en leur nom dans le cadre de l’OMC. Or la politique commerciale de l’Union européenne est totalement inadaptée : ses objectifs relèvent de la guerre commerciale ; elle menace sa propre sécurité et souveraineté alimentaires ainsi que celles des pays pauvres ; elle divise les Vingt-Sept. Il faut la désobéissance européenne !

Ces deux actes politiques permettront de garantir à tous les pays leur sécurité et souveraineté alimentaires ; d’interdire les délocalisations, les paradis fiscaux, le dumping fiscal, environnemental et social ; de prendre des mesures de protectionnisme social et environnemental comme des quotas d'importations permettant de lancer un processus de réindustrialisation. Il faut faire décroitre le commerce mondial !

L’OIC se constituera dès qu’un nombre suffisant de pays aura été rassemblé. La Charte de La Havane mise à jour, sur laquelle elle reposera, est une vision universaliste et progressiste des relations internationales. Ceux qui construiront l’OIC auront la sympathie des peuples.  

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