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LettreAuxCommunes 4

fiche 31

Clarifier plusieurs questions politiques importantes sur l’union européenne

programme de démondialisation

présenté par Jacques Nikonoff

Candidat à la présidence de la République française

Au titre du Rassemblement pour la démondialisation

22 février 2017.

Pendant la phase de conquête du pouvoir, et une fois parvenue au pouvoir, une coalition portant le programme que nous proposons devra clarifier plusieurs questions politiques importantes. La première concerne les relations à établir avec l’Union européenne avant et après l’accession de cette coalition au pouvoir qui va, précisément, sortir de l’Union européenne. La seconde question politique porte sur la nécessité ou non, de disposer d’un projet européen. Quant à la troisième, elle a trait au remplacement de la monnaie unique par une éventuelle monnaie commune.

À l’instar des mouvements des plaques tectoniques, il existe aussi une tectonique européenne. Nous l’avons sous les yeux : c’est la crise dans tous les domaines et la désunion entre les pays. La poursuite de la mise en œuvre du projet eurolibéral va accentuer cette tendance morbide. Elle va l’accélérer probablement jusqu’à l’éclatement. Privée de la volonté et des attributs de la puissance, l’Union européenne ainsi conçue va jeter plus encore les peuples les uns contre les autres. Il n’y a pas aujourd’hui d’Europe politique et il n’y en aura pas davantage demain dans le cadre misérable du projet en cours depuis 1945. Alors que la politique est un dessein collectif qui donne un sens à l’histoire, les institutions européennes font tout pour organiser la soumission des peuples et des nations aux forces impersonnelles du marché.

Nul élan du cœur, nul engagement n’est sollicité des peuples européens, nulle solidarité ne s’exprime. Dans 15 pays sur 25, en 2005, les citoyens ont même été privés de référendum pour s’exprimer sur la loi suprême qu’est une Constitution. Il est vrai que le projet de Traité constitutionnel européen était vicié dès le départ puisque les conventionnels, sous l’habile présidence de M. Giscard d’Estaing, avaient laissé faire le coup de force qui a consisté, sans aucun mandat ni débat public et contradictoire, à rédiger une Constitution que personne ne leur avait demandée.

 

Quatre groupes de pays aux visions divergentes

Ce dessein politique, l’Union européenne ne peut l’assumer dans la configuration actuelle. Mieux vaudrait le reconnaître au lieu de susciter de graves désillusions qui, déjà, se retournent contre leurs auteurs et l’Union européenne elle-même. L’Europe à 28 repose sur quatre ensembles de pays aux intérêts politiques et stratégiques profondément divergents, et même souvent contradictoires.

La Grande-Bretagne en constitue le premier. Elle est, avant tout, atlantiste. Tournée vers le grand large plutôt que vers le continent, elle est américaine de langue, d’histoire, de culture, de cœur et d’esprit. Nous aimons tous la Grande-Bretagne. Mais elle est assise sur un strapontin dans l’Union européenne, ne participe pas à l’euro et bloque systématiquement toutes les tentatives, au demeurant modestes, d’harmonisation fiscale et sociale. La guerre des États-Unis contre l’Irak était le test qui aurait permis d’affirmer l’identité et la puissance de l’Union européenne, lui donnant ainsi l’occasion de montrer la cohérence de son orientation politique, de faire état de son unité, de rappeler son indépendance vis-à-vis des États-Unis, d’œuvrer pour la paix, de jouer un rôle décisif sur la scène internationale. Ce fut en réalité, à l’initiative britannique, l’impuissance politique, la division, l’alignement sur M. G.W. Bush, la guerre, le vide sur le plan international.

Les trois anciennes dictatures fascistes (Espagne, Portugal et Grèce) sont le deuxième ensemble. Elles doivent énormément à l’Union européenne, ont beaucoup reçu et l’Union européenne a contribué à réencastrer ces pays dans une pratique d’État de droit et de gouvernement représentatif. Sous perfusion permanente de fonds européens, ils suivent le convoi et acceptent toutes les directives qui passent dans la crainte de perdre leurs financements. Ils sont désormais en concurrence avec les nouveaux pays entrants, les PECO (Pays d’Europe centrale et orientale), qui, eux aussi, et à juste titre, veulent des fonds pour se développer. Leur ambition européenne, pour l’instant, est faible. Lors de la crise irakienne ils se sont alignés sur les États-Unis à l’exception de la Grèce qui n’a pas envoyé de troupes. Ils conçoivent l’Union européenne plutôt comme un guichet utile à leurs propres besoins de développement et non comme une communauté de destin, son aile marchante vers la Méditerranée.

Troisième ensemble : les nouveaux pays entrants, particulièrement ceux de l’ancien Pacte de Varsovie (les PECO). Leur rupture avec l’Union soviétique, nécessaire, devait être nette : il fallait purger soixante ans de socialisme de caserne. Ils n’ont pourtant pas spontanément choisi l’Union européenne mais se sont immédiatement tournés vers l’Amérique. Elle leur offrait son bouclier militaire : ils ont adhéré à l’OTAN avant d’adhérer à l’Union européenne. Elle leur promettait le marché libre : ils ont appliqué une « thérapie de choc » ultralibérale. Alors qu’au moment de la guerre contre l’Irak ils disposaient d’une opportunité pour affirmer leur attachement à l’Europe, ils ont choisi le mauvais camp. Au lieu de construire l’Europe de la paix, ils ont envoyé des troupes en Irak.

Il ne reste que le couple franco-allemand et le Benelux. Là se trouverait, nous dit-on, le moteur de l’Union européenne. Non seulement c’est du passé, mais il est désormais noyé dans ce magma. La tentation impérialiste des dirigeants allemands a fait exploser le couple franco-allemand. Il n’existe plus que sous la forme d’un théâtre d’ombres médiatique pour masquer les ambitions de l’une et les renoncements de l’autre.

 

Où est la perspective politique de l’Union européenne ?

Un dessein politique ambitionnant la puissance nécessite d’en avoir les attributs. Quels sont ceux de l’Union ? Ils sont inexistants. Sur le plan monétaire, la Banque centrale européenne est livrée à elle-même, intouchable, hors de portée de la moindre impulsion politique. Sur le plan budgétaire, les États sont entravés par les traités de Maastricht, de Lisbonne, sans parler du TSCG, alors que l’Union européenne refuse d’emprunter et que son budget est ridiculement petit, lui interdisant toute intervention significative. Sur les plans fiscal et social, la règle de l’unanimité au Conseil, pourtant nécessaire, prive l’Union européenne de tout moyen d’action. Quant à la politique étrangère et de défense, elle est soumise à l’OTAN, c’est-à-dire aux États-Unis. Que reste-t-il ? Rien. L’Union européenne est ligotée et bâillonnée de sa propre initiative, car il faut laisser le terrain libre au leadership américain.

Les dirigeants de l’Union européenne ont fait miroiter aux nouveaux pays entrants (les PECO) qu’ils pourraient bénéficier de fonds comme en Espagne, Grèce et Portugal. Mais c’est inexact, les nouveaux pays entrants n’ont eu que très peu. Certains l’ont compris. Livrés à eux-mêmes, privés de solidarité, connaissant une situation tragique, ils considèrent n’avoir d’autre recours que de faire valoir leurs avantages compétitifs : une main-d’œuvre ouvrière de qualité ; le dumping fiscal et social ; l’encouragement aux délocalisations venues de l’Ouest.

C’est la fin programmée de l’Union européenne, et c’est une excellente nouvelle[1].

 

Une alliance des peuples et nations d’Europe au sens large est nécessaire

À 49 pays si possible, pas simplement à 28 comme aujourd’hui. Et même avec des pays de la rive sud de la Méditerranée. À géométrie variable, car un traité unique, rassemblant des dizaines de pays, censé aborder tous les problèmes, apparaît non seulement irréaliste mais dangereusement centralisateur et dirigiste. Une nouvelle alliance européenne, ou plutôt euro-méditerranéenne, devrait mener les politiques suivantes :

  • Internationalisme et solidarité internationale.
  • Coopération avec le Sud.
  • Politique d’égalité (protection sociale, services publics, plein-emploi…).
  • Paix (Palestine, Syrie, Lybie, Iran, Irak, Afghanistan, Afrique…).
  • Conversion écologique du mode de production.
  • Répartition des richesses (fiscalité…).
  • Démocratie.
  • Propriété sociale des grands moyens de production, d’échange et de communication.
  • Démantèlement des marchés financiers.
  • Sortie de l’OTAN, de l’OMC, du FMI, de la Banque mondiale.
  • Rapprochement avec les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).
  • Rapprochement avec l’ALBA[2].
  • Etc.

La sortie de l’euro n’est pas un but en soi. Si elle est la condition préalable, indispensable, urgente, pour reprendre en main la politique monétaire et économique afin de mener des politiques au service de l’intérêt général, elle n’est pas suffisante. Des pays comme la Grande-Bretagne possèdent le contrôle de leur Banque centrale, mais cela ne l’empêche pas de mener la même politique néolibérale. Tout dépend, après la sortie de l’euro, de la politique qui sera menée.

Pour que la sortie de l’euro serve à quelque chose, il faut disposer d’une politique monétaire alternative mise au service d’une transformation sociale et démocratique, ouverte sur les autres pays. Il faut donc tracer un cadre : construire une Europe qui avance vers un socialisme du XXIe siècle. Il ne peut pas y avoir de construction européenne avec une majorité de pays dirigés par des gouvernements réactionnaires ou socio-démocrates comme c’est le cas en 2015.

 

Des initiatives nationales unilatérales sont indispensables

Une sorte de résignation s’est emparée d’une grande partie des dirigeants politiques, traversant le clivage gauche-droite, justifiant ou même théorisant l’impuissance nationale. C’est exactement le contraire qu’il faut faire : seule la souveraineté restaurée des nations peut permettre une issue progressiste et positive à la crise de l’UE.

Que cela plaise ou non, il n’existe pas encore de mouvement social européen. Dès lors, faire reposer la transformation du système européen uniquement sur de nouveaux traités est irréaliste à court et moyen terme, puisque, précisément, il n’existe aucune force sociale à l’échelle de l’UE pour porter un tel projet. On l’a vu clairement entre 2010 et 2015 avec le cas grec. Aucune lutte d’envergure ne s’est développée à l’échelle européenne pour soutenir le peuple grec. Certes, les communiqués de soutien n’ont pas manqué. Ils étaient nécessaires et ont fait chaud au cœur des Grecs. Mais ils n’étaient que de l’encre sur du papier.

Au bout du compte, les Grecs se sont retrouvés seuls face à leurs problèmes. Comme les Irlandais. Comme les Islandais. Et comme les autres. C’est donc bien à l’échelle nationale de chacun de ces pays que les solutions devront être trouvées, puisque les faits ont montré qu’il n’y avait pas de solution européenne. Renoncer à la lutte nationale annihilerait toute possibilité de résolution de la crise. Gommer l’importance décisive du niveau national constitue même une grave diversion, un sabotage qui emmène le mouvement social français et celui des autres pays dans une impasse. Peut-être, à long terme, sera-t-il possible d’obtenir de nouveaux traités, mais il faut pour y parvenir bâtir ce mouvement social européen qui fait défaut aujourd’hui. Et cela prendra du temps. Il est par conséquent profondément stérile et nuisible de tout miser sur cette seule perspective et d’attendre cette bonne nouvelle comme l’arrivée du messie. C’est pourtant ce que font la quasi-totalité des organisations de gauche.

Nous n’avons pas le choix. Si nous voulons mobiliser la population, particulièrement les classes populaires et moyennes, couper l’herbe sous le pied aux nationalistes, racistes, xénophobes, forces d’extrême droite, il faut agir à l’échelle nationale, dans une perspective universaliste, internationaliste, de libération nationale.


[1] Jacques Nikonoff, « La fin programmée de l’Union européenne », Le Monde, 13 mai 2005.

[2] L'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique - Traité de commerce des Peuples (ALBA-TCP) rassemble les pays suivants : Antigua-et-Barbuda, Bolivie, Cuba, Dominique, Équateur Nicaragua, Saint-Vincent et les Grenadines, Venezuela. Il s’agit d’une alliance politique, sociale et économique créée en avril 2005, visant à promouvoir la coopération en opposition à la ZLEA (Zone de libre-échange des Amériques) promue par Washington.

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