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Par Jacques Nikonoff*

Le 28 avril 2016.

Yves de Kerdrel, dans sa chronique du 27 avril dans Le Figaro, intitulée « Et maintenant la démondialisation ? », s’alarme des risques d’un « arrêt de la globalisation ».

 

http://premium.lefigaro.fr/vox/economie/2016/04/27/31007-20160427ARTFIG00040-et-maintenant-la-demondialisation.php

Il les énumère : « pays émergents menacés d'un retrait massif des capitaux, transition économique chinoise mal maîtrisée, déstabilisation durable des pays trop dépendants de leurs exportations de matières premières, récession accrue des pays émergents, éventuelle sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, crise des réfugiés qui met en péril la capacité du Vieux Continent à préserver l'ouverture de ses frontières internes. » Il aurait dû ajouter : montée alarmante du chômage, corrélée à l’ouverture des frontières. Et pourtant la promesse de la mondialisation était bien celle du plein-emploi.

Les phénomènes qu’il décrit annoncent en effet la fin du cycle de la mondialisation néolibérale. Car là où Yves de Kerdrel se trompe, c’est dans son incapacité à qualifier cette mondialisation, et dans son rejet de la seule perspective politique enthousiasmante qui s’ouvre aujourd’hui, précisément celle de la démondialisation.

Lorsqu’on parle de mondialisation, il faut toujours ajouter néolibérale. Car ce phénomène n’a rien d’économique, scientifique ou technologique. Il est intrinsèquement politique. Il trouve ses fondements dans la nécessité pour les classes dominantes de trouver une parade efficace face aux conquêtes sociales du XXe siècle : New Deal aux États-Unis en 1933, Front populaire en France en 1936, régimes d’économie mixte en Europe de l’ouest de 1944 à 1948, mouvements de décolonisation et de libérations nationales et acquis sociaux des années 1960 et 1970…

Théorisé dès les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, Le projet néolibéral va se déployer à partir de la fin des années 1960 et se généraliser au début des années 1980. Son but essentiel est la suppression discrète et progressive de la souveraineté des États-nations, c’est-à-dire la destruction de la démocratie et de la politique. Tel est en effet le moyen le plus efficace pour interdire toute possibilité de politiques qui pourraient contrevenir aux intérêts des classes dominantes. Ce projet repose sur trois piliers.

Le premier est le libre-échange. Il ne met pas simplement des produits en concurrence, mais des systèmes sociaux, rendant à terme intenables ceux qui ont concédé des acquis substantiels dans les décennies d’après-guerre. Le deuxième pilier est la libéralisation financière. C’est le libre-échange appliqué à l’argent, permettant aux flux financiers et monétaires de spéculer massivement et immédiatement à l’échelle du globe, sans restriction.

La production mondiale est alors réorganisée en privilégiant les sociétés sans protection sociale et à bas salaires (délocalisation particulièrement). Les États sont menacés de voir leur dette publique et leur économie productive déstabilisées s’ils n’exécutent pas docilement les principes cardinaux du néolibéralisme. Troisième pilier : les traités internationaux et les institutions multilatérales ad hoc. Ils sont les gardiens de l’ordre néolibéral mondial, tenant ce dernier hors de portée de toute pression démocratique. Le chef d’œuvre de ce dispositif est l’Union européenne.

L’agencement de ces trois piliers vise à permettre l’activité la plus libre possible pour les firmes multinationales. Celles-ci, possédées par les classes dominantes, sont le vecteur fondamental de la captation du profit. Or, aucun parti politique ne fait cette analyse et n’en tire les conséquences qui s’imposent. D’où le blocage politique permanent observé particulièrement en Europe, curieusement interprété comme « l’impuissance politique ». Ce sont pourtant « les politiques », PS en tête, suivi de peu par la droite, qui ont imposé ce système à la France.

La démondialisation doit donc devenir un projet politique offensif rassemblant toutes celles et tous ceux qui veulent redevenir maître chez eux. Elle passe par la sortie, unilatérale, pays après pays, de toutes les institutions multilatérales qui verrouillent la démocratie. Il faut redevenir libres et reconquérir notre souveraineté nationale.

Avec la démondialisation, reviendra l’indépendance militaire et diplomatique, la souveraineté monétaire grâce au retour du franc, la déconnection des marchés financiers et la restructuration de notre dette publique, la relocalisation de la production en France et sa réindustrialisation par l’abandon du libre-échange. À nouveau, le plein-emploi deviendra possible. il aura mécaniquement et immédiatement d’immenses vertus sur le moral de la population, son niveau de vie, la santé et la sécurité publiques, la qualité de la vie…

Telles sont les conditions propices à la construction d’un nouvel ordre international, débarrassé de la chape de plomb du néolibéralisme. La concurrence sans foi ni loi sera remplacée par la coopération, sans naïveté.

La démondialisation n’est donc pas péril mais une chance 

! Jacques Nikonoff, président d’Attac au moment de la victoire du NON au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen, est aujourd’hui président du Parti de la démondialisation (le Pardem).  

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