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Par Jacques Nikonoff

27 février 2009

Si le mouvement ouvrier se forme contre le capitalisme, au milieu du XIXe siècle, c’est parce que la révolution industrielle provoque une exploitation insensée des classes défavorisées, notamment des ouvriers, en particulier par le travail des enfants.
C’est le capitalisme, et nul autre système économique et social, qui a produit cette exploitation.
Si, aujourd’hui, dans les pays développés, l’exploitation a changé de nature (grâce notamment à la lutte des classes et au progrès scientifique et technologique), elle reste proche de ce qu’elle était au XIXe siècle dans certains pays du tiers monde, en Inde ou en Chine.

Alors que certaines fractions de la gauche hésitent à évoquer le capitalisme, et plus encore à se déclarer « anticapitalistes », la droite, elle, n’a aucune hésitation.

L’implosion du système soviétique, en effet, qui se prétendait « socialiste » alors qu’il n’était en réalité qu’un capitalisme d’Etat, comme la Chine aujourd’hui, a fait croire à la « fin de l’histoire ».

Cette formule signifie que le capitalisme aurait définitivement triomphé.

C’est à cette thèse que se sont ralliées de nombreuses forces de gauche, et c’est cette thèse qu’il convient de contester.

Il est évident que le capitalisme continue ses ravages au XXIe siècle, sous d’autres formes que celles connues aux XIXe et XXe siècles. Elles se camouflent sous l’appellation trompeuse de « mondialisation ».

Mais qu’est-ce que la « mondialisation », dans son sens néolibéral, si ce n’est l’extension mondiale du capitalisme, ou sa prétention à la mondialité, à des territoires et des domaines où le règne de la marchandise n’était pas encore advenu ?

Ce capitalisme mondialisé, cependant, dans la mesure où il s’avère incapable de résoudre les principaux défis planétaires que sont la faim, l’alphabétisation, les soins de santé, la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement, la paix, la démocratie... et qui, dans le même moment, étale la richesse obscène d’une poignée d’oligarques, suscite l’inquiétude chez ses partisans.

C’est pourquoi, depuis quelques années, on assiste à un renouveau du débat sur le capitalisme.

Ce débat prend notamment la forme d’une multiplication des ouvrages traitant du sujet, dont quelques exemples sont pris :

En 2003 : Claude Bébéar, Ils vont tuer le capitalisme, Plon, 2003 ; Joseph Stiglitz, Quand le capitalisme perd la tête, Fayard, 2003.

En 2005 : Patrick Artus et Marie-Paule Virard, Le capitalisme est en train de s’autodétruire, La Découverte, 2005 ; Michel Clouscard, Le capitalisme de la séduction, Delga, 2005 ; Jean-Luc Gréau, L’Avenir du capitalisme, Gallimard, 2005 ; Jean Peyrelevade, Le Capitalisme total, Seuil, 2005.

En 2006 : Valérie Charolles, Le libéralisme contre le capitalisme, Fayard, 2006 ; Jean-Claude Michéa, Impasse Adam Smith. Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche, Flammarion, 2006 ; Jean Sève, Un futur présent : l’après capitalisme, La Dispute, 2006 ; Collectif, La finance capitaliste, PUF, 2006.

En 2007 : Michel Aglietta, Désordres dans le capitalisme mondial, Odile Jacob, 2007 ; Daniel Bachet, Sortir de l’entreprise capitaliste, Editions du Croquant, 2007 ; Benjamin Barber, Comment le capitalisme nous infantilise, Fayard, 2007 ; Jean-Claude et Quynh Delaunay, Lire le capitalisme contemporain, Le temps des cerises, 2007 ; Paul Jorion, Vers la crise du capitalisme américain ? La Découverte, 2007 ; Gilles Rasselet, Dynamiques et transformations du capitalisme, L’Harmattan, 2007.

En 2008 : Solveig Godeluck et Philippe Escande, Les pirates du capitalisme, Albin Michel, 2008 ; Jean-Hervé Lorenzi, La guerre des capitalismes aura lieu, Perrin, 2008 ; Robert Reich, Supercapitalisme, Vuibert, 2008 ; Collectif, Peut-on critiquer le capitalisme ? La Dispute, 2008.

Ce renouveau de la réflexion sur le capitalisme, et la réapparition du mot dans le vocabulaire quotidien, sont le signe qu’un mouvement en profondeur est en train de s’opérer.

I.- Ne pas confondre marché, économie de marché et capitalisme

Le capitalisme ne résulte pas d’une théorie, mais d’une évolution progressive de l’activité économique et politique dans certains pays.

Il apparaît comme système économique à la fin du Moyen-âge en Europe, et se développe du XIVe au XVIIIe siècle, parallèlement à la croissance du commerce international - surtout après la découverte des Amériques -, à l’essor des banques et à l’émergence d’une classe d’hommes d’affaires qui ont accumulé des sommes d’argent considérables.

Avec la Réforme en Europe, une conception nouvelle du monde apparait, plus favorable au développement du commerce que la pensée catholique romaine qui prévalait auparavant.

Le sociologue allemand Max Weber, dans son étude célèbre L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1920), a montré comment les entrepreneurs calvinistes et puritains ont pu assimiler réussite commerciale et signe de prédestination.

L’essor des sciences, et notamment la place accordée à l’observation et au raisonnement inductif, a contribué à saper l’autorité de l’ordre ancien.

Au XVIIe et plus encore au XVIIIe siècle, les classes montantes de commerçants et d’industriels, bientôt appelées bourgeoisie, réclament un ordre politique nouveau qui réponde à leurs intérêts économiques.

Le XIXe siècle est une période de croissance économique sans précédent.

La révolution industrielle transforme la société, d’abord en Grande-Bretagne, puis en France, en Allemagne et dans toute l’Europe occidentale, enfin aux Etats-Unis.

A la fin du siècle, l’essentiel de la population active travaille dans des usines ou des bureaux.

Assimiler capitalisme à marché ou même à économie de marché est une erreur historique.

Elle a même des conséquences politiques considérables qui conduisent certains militants de gauche à douter de la pertinence de la critique du capitalisme et, a fortiori, du socialisme.

Ils considèrent que si le marché a toujours existé, le système capitaliste qui en a résulté n’est qu’une suite naturelle.

A quoi bon, dès lors, lutter pour le socialisme qui ne pourrait qu’entraver un ordre naturel des choses et provoquer nécessairement des catastrophes.

La seule possibilité serait alors de limiter les empiétements du capitalisme.

Contrairement à cette croyance, le marché et des économies de marché existaient bien avant le capitalisme ; ce dernier ne se définit pas principalement par le marché.

Il ne faut donc pas confondre capitalisme, économie de marché et marché.

La marque principale du capitalisme, c’est la propriété des moyens de production et l’exploitation de l’homme par l’homme.

Le problème n’est donc pas seulement de « réguler » (tout le monde veut réguler, de Sarkozy à Hollande en passant par Buffet et Besancenot), mais de s’attaquer au cœur du problème : la propriété et l’exploitation.

L’ « inverse » du capitalisme n’est cependant pas la nationalisation des moyens de production, mais la propriété sociale des grands moyens de production, d’échange et d’information.

La nationalisation n’est qu’une forme, parmi d’autres, de propriété sociale des organisations productives.

A.- Le marché existait bien avant le capitalisme

Il existe deux manières d’aborder le marché.

La première est celle des anthropologues et des historiens pour qui le marché est un lieu ou un réseau qui permet d’échanger des produits et services.

Il prend la forme du marché du dimanche matin sur la place du village ou du quartier, ou des réseaux internationaux.

Ce type de marché existe dans toutes les sociétés, y compris celles dites précapitalistes.

Il est aussi un lieu d’échange informel d’informations, un lieu de retrouvailles...

En cela, il concourt au lien social.

Selon l’expression due à Karl Polanyi, il est encastré (embedded) dans le tissu social.

L’autre manière de définir le marché est celle de certains économistes.

Le marché est pour eux un mécanisme économique qui ajuste l’offre et la demande par le prix.

Dans sa version idéale (le marché pur et parfait), l’offre et la demande parviennent à s’équilibrer.

C’est pourquoi ce type de marché a été appelé marché « autorégulateur ».

En d’autres termes, il fonctionne de manière autonome par rapport aux institutions.

Dans la réalité, aucun marché ne fonctionne selon cet « idéal ».

Pour simplifier, c’est l’Etat qui a créé le marché, et c’est toujours l’Etat qui permet au marché d’exister.

L’ « autorégulation » des marchés n’est qu’une fiction.

De tout temps, les gouvernements sont intervenus dans le commerce international et la finance.

Le marché comme « invariant » de l’économie, c’est-à-dire comme mécanisme universel défiant le temps et l’espace est un mythe soigneusement entretenu par les penseurs libéraux.

L’origine de cette idéologie est à rechercher du côté de l’économiste classique Adam Smith (1723-1790).

Il considère que LE marché serait une « loi fondamentale » qui trouverait son origine « dans la nature humaine », car celle-ci comporterait « une certaine propension [...] à trafiquer, troquer et échanger une chose ou une autre ».

Ce bricolage intellectuel a été pulvérisé par les recherches historiques ultérieures.

Pour Karl Polanyi par exemple, « les idées d’Adam Smith sur la psychologie économique du premier homme étaient aussi fausses que celles de Rousseau sur la psychologie politique du sauvage ».

La « main invisible » du marché est aussi fausse que le reste.

Cette idée vient encore d’Adam Smith : « Chaque individu s’efforce continuellement de trouver l’emploi le plus avantageux pour tout le capital dont il peut disposer.
Il est bien vrai que c’est son propre bénéfice qu’il a en vue et non celui de la société, mais les soins qu’il se donne pour trouver son avantage personnel le conduisent nécessairement à préférer précisément ce genre d’emploi qui se trouve être le plus avantageux à la société [...].
En cela comme en beaucoup d’autres cas, il est conduit par une main invisible pour remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions.
Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent plus efficacement pour l’intérêt de la société que s’il avait réellement pour but d’y travailler ».

Au total la prétendue « loi de l’offre et de la demande » n’est pas une loi !

C’est une supposition faite par des théoriciens libéraux.

Le marché ne naît donc pas spontanément.

Dans les sociétés archaïques, par exemple, le marché n’existe pas.

Les premières formes de circulation des biens (les « services » sont gratuits car ce sont des dons) n’ont pas pour but l’usage du bien, mais un rôle social et cérémoniel : la circulation des choses visait à instaurer des liens réciproques entre les hommes, avant même de satisfaire des besoins économiques.

En outre, sur ces « marchés » ne circulait qu’une toute petite part de la production.

Celle-ci, en effet, est réalisée essentiellement pour soi, pour la famille, le clan ou la tribu.

Seul le surplus, généralement maigre, est échangé.

Et cet échange s’opère avec les voisins, les proches, rarement au-delà.

Lorsque les villages deviennent des villes qu’il faut approvisionner, que l’artisanat se développe pour produire des objets destinés à la vente, les échanges prennent leur essor.

Mais ils s’effectuent entre des gens qui ne se connaissent pas, ce qui change tout par rapport aux anciennes pratiques de l’échange.

Le marché n’a véritablement émergé qu’entre le XIIe et le XVIIIe siècle, pour les sociétés occidentales, lorsqu’il a véritablement été organisé, surveillé, réglementé, son périmètre physique délimité, ses horaires d’ouverture précisés, la nature des produits définie.

Grâce à la place du marché (c’est ce que disent, d’ailleurs, les Anglo-saxons avec leur expression market place), les acheteurs et les vendeurs sont mis en confiance, la police n’est jamais très loin...

Seules les autorités sont capables d’empêcher ou de punir la tricherie.

Peu à peu des institutions sont créées afin de rendre sûres les transactions, de garantir leur transparence et sanctionner les abus : chambres syndicales, assurances, crédit, organes d’information, droits de propriété, tribunal de commerce...

Le marché est d’abord une affaire d’Etat, et c’est lui qui, en dernière instance, détermine son dynamisme.

Le marché peut être considéré comme un bien public, dès lors qu’il fonctionne au bénéfice de tous.

En offrant des débouchés prévisibles et sécurisés, il incite à développer les activités productives.

Celles-ci peuvent alors se développer pour elles-mêmes, c’est-à-dire pour le profit, dans le cadre du système capitaliste, ou pour répondre aux besoins de la population dans le cadre d’un capitalisme plus ou moins encadré et dans le socialisme.

Le meilleur exemple de la nécessité de l’Etat pour encadrer les marchés, se trouve probablement dans les économies de l’Est lorsqu’elles sont passées du système soviétique au système capitaliste.

Les autorités, quand elles ont démantelé la planification bureaucratique, ont été totalement dépassées, d’autant que des "experts" américains préconisaient alors une « thérapie de choc », c’est-à-dire la libéralisation sans étape.

Comme le marché n’a pas été encadré, un gigantesque pillage public s’est fait au bénéfice des anciens apparatchiks qui occupaient encore les postes et qui sont devenus les oligarques en s’appropriant d’immenses fortunes.

On peut se demander comment des hommes qui semblaient animés d’une foi socialiste ou communiste ont pu, en si peu de temps, retourner leur veste et faire le contraire de ce qu’ils proclamaient officiellement.

En réalité, dans les pays ou les partis socialistes, sociaux-démocrates, communistes ont acquis du pouvoir, à l’échelle nationale ou dans les collectivités locales – mais c’est pareil pour la droite – des nuées d’opportunistes ont envahi les partis.

Ils n’ont aucune conviction, mais ne veulent qu’occuper des places pour les avantages qu’elles peuvent leur procurer.

Ils construisent leur carrière en espérant l’accélérer au contact des responsables politiques élus, plutôt que de s’engager à militer pour des convictions.

Combien de dirigeants actuels des partis de gauche, notamment au PS, ont distribué des tracts et collé des affiches avant d’être ministre ?

L’exemple des pays de l’Europe de l’Est n’est pas nouveau et n’est pas le seul.

Les "conseillers" américains qui ont envahi ces pays auraient dû réviser leurs manuels d’histoire, car celle des Etats-Unis regorge d’exemples du même type.

On pourrait citer celui de la Standard Oil Company fondée par John D. Rockefeller en 1870.

Alors que la société se limitait à ses débuts à raffiner du pétrole, son fondateur découvrait que l’activité la plus sensible était celle du transport du pétrole brut et des produits raffinés.

Il obtient secrètement des patrons des lignes de chemin de fer de surfacturer les transports de ses concurrents, une partie du produit de cette surfacturation étant ristournée à la Standard Oil.

Quelques déraillements de trains et attaques diverses ont encouragé les concurrents récalcitrants à entrer dans le rang.

En 1880, la Standard Oil contrôlait 80 % de l’industrie américaine du raffinage...

C’est pourquoi, dès 1890, les premières « lois antitrust » étaient votés à l’initiative du sénateur John Sherman qui déclarait : « Si nous refusons qu’un roi gouverne notre pays, nous ne pouvons accepter qu’un roi gouverne notre production, nos transports ou la vente de nos produits ».

Lorsque le marché s’étend à tous les domaines – c’est ce qui est appelé la « marchandisation » de la société – les désordres ne font que croitre.

Les plus fragiles, subissant de plein fouet ces dérèglements économiques, le chômage en tout premier lieu, vont alors souhaiter un pouvoir autoritaire.

Certes, dans la plupart des sociétés, il existe un échange marchand.

Mais il est déconsidéré et cantonné aux relations avec les étrangers.

Illégitime à l’intérieur, il sert aux relations extérieures entre groupes, communautés et villes.

Mais ces échanges et ce commerce ne permettent pas de parler de « marché » et encore moins « d'économie de marché ».

La décision de créer un marché, par exemple au Moyen-âge, est une décision politique murement réfléchie.

L’espace est strictement délimité, et il va servir à alimenter les finances publiques.

C’est en effet, pour le souverain, le moyen de consolider son pouvoir sur le seigneur féodal qui n’a pas d’autres ressources que le produit de ses terres : « ce ne sont pas les marchands qui bâtissent le marché, c’est le prince ».

Si le marché sert de débouché aux surplus de l’autoproduction, il s’en méfie.

Mercure, d’ailleurs, le dieu romain des marchands, colporteurs et autres bonimenteurs, est aussi celui des voleurs...

Il n’en reste pas moins que l’histoire du capitalisme peut être lue comme celle de l’extension de cette conception économique du marché et de la marchandisation qui en résulte, aux dépens des formes anthropologiques ou historiques du marché.

Le rôle joué par le marché dans l’économie intérieure des différents pays a été insignifiant jusqu’au XIXe siècle.

B.- Une économie de marché n’est pas nécessairement capitaliste

Par exemple, l’activité commerciale entre les cités mésopotamienne qui se développe il y a plus de 4 000 ans, est totalement encadrée par le pouvoir.

C’est lui qui recrute les commerçants, qui les paye à la commission, qui fixe les prix, qui contrôle les quantités et la qualité.

Ces commerçants sont en réalité des commis de l’Etat et non de vrais marchands.

Ils vont néanmoins, peu à peu, obtenir de l’autonomie, et fixer eux-mêmes les prix de certaines marchandises en dégageant un profit privé.

Un millénaire plus tard, une classe de marchands apparaît dans les cités phéniciennes.

Elle va s’organiser pour s’affranchir du pouvoir politique et implanter des comptoirs sur le pourtour de la Méditerranée.

On peut parler, à leur égard, d’activité marchande.

La Grèce antique a toujours été largement autarcique et a rejeté le profit.

Mais le marché, peu à peu, pénètre la vie économique et sociale : le commerce de longue distance se développe, tout comme le salariat.

Cette évolution est rendue possible par l’existence de Cités-Etat, comme les cités phéniciennes, rivales entre elles, et bénéficiant de l’absence de centralisation politique.

Ces embryons de marchés ne survivront pas aux empires, celui d’Alexandre, puis celui de Rome.

L’économie impériale n’est pas une économie de marché.

Elle mobilise les ressources pour le centre politique en vue de l’expansion territoriale.

Les marchands sont considérés comme une menace pour l’ordre politique ; par exemple dans les pays d’islam, le pouvoir empêche la constitution de dynasties marchandes en interdisant la transmission des fortunes.

En Chine, ils sont très lourdement taxés dès qu’ils s’enrichissent.

Ces mesures ne permettent pas le développement des marchés.

Pendant le premier millénaire, les comptoirs se développent (Bassora, Calicut, Canton, Malacca, Ormuz...), mais ils forment un réseau bordant les empires sans les pénétrer.

C’est paradoxalement dans l’Europe du Moyen-âge que le marché va peu à peu s’imposer.

Cette émergence du marché ne résulte pas d’une dynamique économique particulière, mais de la structure sociale et politique qui se met en place à la suite de la chute de l’Empire romain d’Occident.

Sur le plan des sciences et techniques, l’Europe se trouve en retard par rapport aux empires chinois et proche-orientaux.

Ce qui la distingue, c’est qu’elle n’est plus un empire.

Dès lors, l’absence de centralisation politique qui caractérise la féodalité médiévale, va favoriser l’autonomie des villes.

En Allemagne, en Italie du nord, aux Pays-Bas, des villes gagnent le droit de s’administrer elles-mêmes.

La ville d’Occident, composée d’hommes libres, dégagée de la tutelle royale, va s’engager dans l’accumulation du capital.

Ainsi, Venise va établir son hégémonie commerciale dès le XIIIe siècle.

Puis dans l’Europe du nord, à partir du textile, de véritables chaînes de production vont naitre, soutenues par l’association des villes maritimes dans la ligue hanséatique.

Le cadre politique est donc déterminant dans l’apparition et le développement du marché, puis d’économies de marché.

Les relations entre le pouvoir royal, la noblesse et la nouvelle classe des marchands vont déterminer cette évolution.

Si la création des foires de Champagne, au XIIe siècle, permet la jonction entre le commerce méditerranéen et celui de l’Europe du nord, elle témoigne aussi de l’intervention active du pouvoir royal.

Celui-ci va garantir la bonne fin des transactions, en contrepartie de taxes.

Mais les foires vont être strictement isolées des marchés urbains, il y a séparation nette entre marché intérieur et marché extérieur.

Les Génois vont briser le monopole de Venise en profitant de l’ouverture définitive du détroit de Gibraltar, en 1462, pour contourner l’Afrique, imités par les Portugais.

Après sa découverte, l’Amérique va remplacer la Méditerranée comme centre de gravité du commerce européen.

C’est la période de l’effondrement du pouvoir féodal et de l’émergence des Etats-nations.
Au XVIIe siècle, Amsterdam reste la dernière Cité-Etat.

Parallèlement, le processus d’industrialisation débute en Angleterre et en Allemagne.

L’économie de marché, pour se déployer, a besoin du démantèlement des obstacles intérieurs à la circulation des marchandises ; de la libération des facteurs de production et notamment de la terre qui doit pouvoir être facilement achetée et vendue ; de la création d’un marché du travail ; de l’unification des monnaies et du contrôle de la création monétaire (par l’Etat).

Quant à la monnaie, elle ne découle pas de l’échange marchand mais du besoin de solder les dettes entre les uns et les autres.

Pour la première fois, l’accumulation repose sur le marché intérieur et non plus sur les marchés extérieurs : c’est l’économie de marché qui est en place.

Au total, dans la réalité, les entreprises cherchent toujours à contourner la concurrence, par différents moyens (achat d’entreprises concurrentes, ententes illicites sur les prix...), plutôt qu’agir pour une « concurrence pure et parfaite » comme l’enseignent les livres de l’économie standard.

Quant aux « marchands », ils ne cessent de réclamer des règles protectrices.

Les uns et les autres, contrairement à une fable aimablement rependue, sont allergiques au risque, et font tout ce qu’ils peuvent pour le transférer à l’Etat, c’est-à-dire à la société dans son ensemble.

Il y a encore deux siècles, en France, l’achat et la vente étaient l’exception.

L’immense majorité de la population vivait sans monnaie ou presque.

Composée à 80% de paysans, d’ouvriers ou de journaliers, de domestiques et « d'indigents », la population produisait elle-même se dont elle avait besoin pour vivre.

L’économie marchande ne représentait qu’un circuit très secondaire, presque entièrement réservé aux classes privilégiées.

Comme dans les pays pauvres d’aujourd’hui...

II.- Définitions du capitalisme

La définition du capitalisme semble aujourd’hui oubliée et la gauche ne fait rien ou peu pour la rappeler.

Non seulement le capitalisme est confondu avec le marché ou avec l’économie de marché, mais ses véritables caractéristiques sont masquées.

Le capitalisme possède plusieurs définitions selon que l’on défende le système ou qu’on le combatte.

Néanmoins, les différentes définitions traitent toutes des mêmes sujets, et principalement du régime de la propriété des moyens de production, d’échange et d’information.

Le capitalisme peut être ainsi défini comme :

• Un mode de production particulier.
• L’exploitation de l’homme par l’homme.
• Un mode de production dans lequel la propriété des moyens de production, d’échange et d’information est privée.
• L’extension indéfinie de la sphère marchande.
• Des cycles qui provoquent des crises.

A.- Le capitalisme est d’abord un « mode de production » particulier

Dans une société donnée, un « mode de production » est la manière dont on produit les richesses, au sens large, et les rapports des hommes dans la production.

Le « mode de production capitaliste » a été précédé d’autres modes de production (par exemple le mode de production féodal ou le mode de production esclavagiste), et il devrait être suivi par d’autres modes de production, comme le mode de production socialiste (si on ne croit pas à la « fin de l’histoire ! »).

Le « mode de production » est composé de deux éléments : les forces productives et les rapports de production.

1.- Les forces productives

Il en existe trois : les hommes eux-mêmes (par leur activité productive : le travail) ; la nature (ce qui est immédiatement utilisable et non créé par l’homme) ; les instruments de production fabriqués par les hommes (ils sont décisifs et permettent l’ « accumulation primitive »).

On observera que le capital n’est pas une force productive, il n’existe pas, il n’est que du « travail mort », du travail passé !

On pourrait se dire que le capital sous forme d’investissement va permettre de créer du travail.

C’est vrai, mais ce capital ne sera, au départ, que du travail mort.

Par ailleurs, l’espèce humaine commence à « produire » (ou à détruire) la nature.

Les forces productives sont modelées par la lutte des classes et les évolutions scientifiques et techniques.

Personne ne niera que les forces productives du XXIe siècle ne sont plus exactement les mêmes que celles du XIXe.

Aujourd’hui, les hommes sont infiniment plus éduqués, formés et productifs.

Cette évolution renforce l’inadaptation du capitalisme, puisque cette capacité productive décuplée des hommes est mal utilisée, au service de « causes » médiocres comme celles de contribuer à la « maximisation de la valeur boursière » des entreprises.

La nécessité d’un socialisme s’en voit rehaussée, puisque cette habileté des travailleurs démontre leur parfaite capacité à prendre le contrôle de la production.

Autre changement dans les forces productives : la nature.

Celle-ci a été exploitée, violée, massacrée par le capitalisme depuis le XIXe siècle.

Des régimes comme l’URSS et la Chine, qui se prétendaient « socialistes », ont fait de même.

Cette évolution condamne le capitalisme, et renforce la nécessité d’un socialisme du XXIe siècle qui sorte la nature des forces productives pour en faire un bien commun.

Quant aux instruments de production, leur sophistication actuelle permet de parler de révolution par rapport à ceux du XIXe siècle.

Mais ils ont été asservis par le capitalisme, alors qu’ils offrent la promesse immense de libérer l’humanité de la peine dans le travail.

Grâce aux outils du XXIe siècle, les travaux pénibles peuvent diminuer et même quasiment disparaitre, alors qu’une productivité économe de l’homme et de la nature permettrait de réduire massivement le temps de travail.

2.- Les rapports de production

Il s’agit des rapports des hommes avec la nature, des rapports des hommes entre eux, et des rapports des hommes avec les instruments de production.

Pour Karl Marx par exemple, les rapports de production vont déterminer l’évolution des forces productives.

Les rapports de production capitalistes fondent l’existence de classes sociales antagonistes (propriétaires, non propriétaires).

Le capitalisme a toujours considéré que les rapports des hommes avec la nature étaient ceux du pillage.

La seule chose qui ait changé depuis le XIXe siècle est celle de la « financiarisation » de la nature par la mise en place, par exemple, de Bourses de « droits à polluer ».

Un socialisme du XXIe siècle ne peut que démanteler ces conceptions et constructions monstrueuses.

Quant aux rapports des hommes entre eux, ceux en vigueur au temps du capitalisme du XIXe siècle ont été poussés jusqu’à l’absurde : l’homme n’est aujourd’hui plus seulement l’appendice de la machine à fabriquer du profit, il est encouragé à devenir lui-même une petite entreprise dotée d’un capital « formation », « santé », « relationnel », etc., qu’il devra faire fructifier.

La déshumanisation de la société s’est exacerbée.

D’autant que l’actionnariat des entreprises a radicalement changé, conduisant à la transformation du capitalisme productif du XIXe siècle en capitalisme financier.

Les grands actionnaires ne sont plus les « capitaines d’industrie » et des dynasties familiales, l’Etat ou les banques, mais ce sont les investisseurs institutionnels comme les fonds de pension et les fonds mutuels.

Les premiers croyaient à la production et aux dividendes ; les seconds ne jurent que par la spéculation et les plus-values.

Bilan : la nécessité de remettre en cause le type de propriété propre au capitalisme est encore plus évident au XXIe qu’au XIXe siècle.

3.- Le passage d’un mode de production à un autre

Pour Marx, il y a changement de mode de production (révolution) quand « les forces productives se développent et sont à l’étroit dans les anciens rapports de production, ils sont une entrave ».

C’est ce qui s’est passé en 1789, la destruction du mode de production féodal permet le plein épanouissement du mode de production capitaliste.

Celui-ci, d’ailleurs, à cette époque, a eu besoin de la laïcité car elle a permis au capitalisme d’assurer la continuité de la production et des profits en évitant les massacres et guerres religieuses.

Dans le mode de production féodal, les rapports de production sont dominés par la relation seigneurs-serfs : le seigneur s’approprie le surproduit du travail sous forme d’une rente foncière en prestation de travail, en nature ou en argent.

Les forces productives sont peu développées, la division du travail est faible, c’est la force humaine qui compte : plus il y a d’hommes (et non de femmes), plus il y a de force de travail.
Les possibilités d’accumulation sont faibles, la classe dirigeante n’utilise pas le surproduit pour accumuler.

La circulation de la monnaie et des marchandises est faible.

Ce sont les superstructures idéologiques, politiques et juridiques qui permettent le fonctionnement du système féodal : par la volonté divine il existe des nobles et des ignobles pour l’appropriation de la terre ; l’inégalité est naturelle.

Les luttes de classes vont permettre la mise à bas du féodalisme et l’instauration du capitalisme :

• Revalorisation du travail des paysans et des artisans par la disparition des droits féodaux (dimes ecclésiastiques, conservation de ce qui était donné aux seigneurs...).
• Destruction des capitaux du clergé et de la noblesse qui permet une revalorisation du capital productif et des moyens d’accumulation.
• Destruction des corporations qui empêchaient la création d’un marché national.
• Des hommes libres permettent le développement de la force de travail.
• Les conditions de la première révolution industrielle étaient réunies.

B.- Propriété privée des moyens de production, d’échange et d’information

C’est la deuxième caractéristique du capitalisme.

A l’origine, au milieu du XIXe siècle, on ne parle que de la propriété privée des moyens de production, les moyens d’échange et d’information ne sont pas évoqués.

Mais le développement des formes du capitalisme, s’appuyant sur les progrès technologiques, va conduire à ajouter les moyens d’échanges (le système bancaire et financier) et d’information (les grands médias).

Alors que la production a un caractère social, au sens où elle est nécessairement le résultat d’une activité collective pour un but collectif, puisque la production de richesses est la condition de la survie de la société, la propriété des moyens de production et le capital résultant du travail restent privés.

Là se trouve la contradiction fondamentale du capitalisme, source de l’exploitation de l’homme par l’homme, des inégalités, des crises, et fatalement de la lutte des classes.

Qu’il s’agisse du XXe ou du XXIe siècle, cette contradiction est demeurée la même.

On peut même considérer avec l’éclatement du processus de production à l’échelle planétaire, que son caractère social s’est encore renforcé.

Du coup, le besoin de propriété sociale se renforce lui aussi.

C.- L’extension indéfinie de la sphère marchande

Troisième caractéristique du capitalisme : la forme marchande de la production en système capitaliste vise à produire pour la vente et non pour répondre aux besoins sociaux.

Le but est d’obtenir le maximum de valeur d’échange (d’argent).

Le capitalisme ne considère que cet aspect, en écrasant les ressources (hommes et nature) et en asservissant le progrès scientifique et technologique à ses objectifs.

Tout bien ou service, par exemple une chaise et la leçon de l’instituteur ou de l’institutrice, possède nécessairement une valeur d’usage et éventuellement une valeur d’échange.

Si je fabrique moi-même une chaise, pour mon usage personnel, avec des matériaux de récupération ou pris dans la nature, dont aucun n’a été acheté, sa valeur d’usage correspond à l’utilité que j’y trouve : pouvoir m’asseoir dans certaines conditions de confort.

Cette chaise ne possède aucune valeur d’échange, car je ne l’ai pas achetée ni aucun de ses composants, et je ne souhaite pas non plus la vendre : elle n’a donc pas de prix.

En revanche, si j’achète une chaise, elle aura la même valeur d’usage que celle que j’ai produite – son utilité de pouvoir m’asseoir dans certaines conditions de confort – mais elle aura de surcroît une valeur d’échange qui sera le prix que je l’aurais payée.

Avec la valeur d’usage, ce n’est pas le prix qui compte, c’est l’utilité individuelle ou collective que l’on trouve au bien ou service produit.

Même sans valeur d’échange il y a bien production, création de richesse et satisfaction de besoins.

Dans les sociétés modernes les choses sont plus complexes, et rares sont les individus qui peuvent produire des valeurs d’usage intrinsèques, dégagées de toute valeur d’échange.

C’est la raison pour laquelle les luttes sociales et politiques ont porté sur la création de « biens communs universels », mis en œuvre par des services publics.

Ces derniers produisent des valeurs d’usage puisque certains services sont gratuits, ou font l’objet d’un tarif « économiquement non significatif ».

Cette gratuité ou ce tarif « économiquement non significatif » ne sont, toutefois, qu’une apparence, puisqu’il faut bien payer les équipements et les personnels.

Ils le seront non par le prix de vente, mais par le financement collectif que sont les impôts ou les cotisations sociales.

De tout temps le système capitaliste a combattu les valeurs d’usage précisément parce qu’elles ne sont pas marchandes et ne peuvent donc pas être l’occasion de profit privé.

Elles limitent, en effet, par leur seule présence, les possibilités d’extension de la sphère marchande.

Cette conception fondamentale du capitalisme reste valable aujourd’hui, puisque en deux siècles, le capitalisme a radicalement étendu son système d’influence par la privatisation de nombreux services publics dont la vocation était précisément de produire des valeurs d’usage.

Si le capitalisme doit nécessairement s’appuyer sur des besoins pour écouler sa production et réaliser des profits privés – quitte à inventer des besoins – l’économie non-marchande, elle, ne vise, dans son principe, qu’à produire des valeurs d’usage qui répondent aux besoins humains.

Tel doit être le fondement d’une politique de gauche.

L’évolution du capitalisme, qui a aggravé les inégalités à un point inimaginable, renforce la nécessité du rétrécissement de l’économie marchande contrôlée par les grandes firmes, et l’extension de l’économie non-marchande que peut permettre un socialisme du XXIe siècle.

La propriété privée des moyens de production sépare les unités de production les unes des autres.

Chacun produit de son côté, il y a séparation des producteurs.

D.- L’exploitation de l’homme par l’homme

L’exploitation de l’homme par l’homme n’est pas propre au seul capitalisme, il existe des sociétés d’exploitation qui ne sont pas capitalistes (féodalisme, esclavagisme).

Mais avec le capitalisme, le point de départ de la production est l’argent, et le point d’arrivée est toujours l’argent, dans une plus grande quantité.

Comment cet argent a-t-il pu grossir ?

Ce n’est pas dans l’échange, car toutes les marchandises sont échangées et aucune ne peut prendre l’avantage sur les autres.

Cela voudrait dire que les marchandises sont achetées en dessous de leur valeur et vendues au dessus de leur valeur.

Les uns seraient toujours gagnants et les autres toujours perdants, ce qui est impossible.

L’accroissement du volume d’argent ne peut venir que de la production.

La production est la combinaison de trois éléments :

• Les moyens de travail (outils, machines, énergie, etc.).
• Les objets de travail (matière à transformer).
• Le travail concret de l’ouvrier (ou de tout autre salarié).

Les moyens et les objets de travail sont du travail passé, mort, résultat du travail antérieur des ouvriers.

Le travail mort ne peut pas être créateur de richesse supplémentaire, il ne peut que transmettre sa propre valeur au nouveau produit, et non transmettre plus de valeur qu’il n’en contient.

Il reste le troisième élément nécessaire à la production : le travail concret, vivant.

Ce travail va produire une « plus-value » qui va générer le capital.

Les ouvriers, et plus généralement les salariés, n’ont pas d’autres ressources que leur capacité à travailler, louant aux capitalistes propriétaires des moyens de production, leur force de travail en échange d’un salaire qui leur permet simplement de « reproduire » cette force en achetant les biens indispensables à cette survie.

Mais les capitalistes imposent aux salariés de travailler plus longtemps que le temps nécessaire à la production de leur salaire.

Cette situation est rendue possible par la concurrence que se livrent les ouvriers et les salariés à la recherche d’un emploi, et à la durée légale du travail.

C’est ce temps de travail non payé qui explique l’origine de la « plus-value » accaparée par les capitalistes. Là se trouve l’exploitation.

L’exploitation capitaliste est à la fois restée la même et a profondément changé.

Elle est restée la même qu’au XIXe siècle dans certains pays, ou le travail des enfants, par exemple, demeure une réalité quotidienne.

Mais dans les pays occidentaux, l’exploitation capitaliste a radicalement changé pour beaucoup de catégories de salariés.

Alors qu’au XIXe siècle seule une partie de l’individu était mobilisée dans l’acte productif, le capitalisme contemporain est parvenu à vampiriser une très grande partie des capacités créatrices des individus.

Ce processus déborde même sur le temps privé, pendant lequel un nombre croissant de salariés continuent, plus ou moins consciemment, de travailler. Gratuitement !

Dans ce système, les hommes sont dépossédés du choix des productions et de la manière de produire, c’est le capital qui décide de tout.

En la matière, rien n’a changé depuis le XIXe siècle.

Avec les formes non-marchandes de production propres au socialisme, il s’agit de satisfaire directement des besoins et non de rechercher le profit privé.

Ce qui compte est alors la valeur d’usage qui va être faite des marchandises (ou services), et non leur valeur d’échange.

Il y a besoin de coordination des producteurs et des consommateurs a priori, avant d’effectuer la production, et non par le biais de la vente.

C’est efficace pour la productivité et l’adaptation à la demande sociale.

Cela fonctionne par la planification et la démocratie.

La planification ne peut être réduite à la caricature qu’en ont donnés les pays du bloc soviétique.

L’évolution du système capitaliste renforce la nécessité d’une planification.

Celle-ci, d’ailleurs, existe déjà en partie : les gouvernements planifient avec soin leurs dépenses d’armements...

Ce n’est pas le marché qui décide de l’ « allocation » des ressources, qui risquerait de ne pas être « optimale ».

La situation dramatique dans laquelle se trouvent la moitié de la population de la planète, les menaces qui pèsent sur l’environnement et les risques du réchauffement climatique, rendent plus urgente que jamais une planification des efforts de la société qui ne peut laisser le marché continuer ainsi.

E.- Des cycles qui provoquent des crises

Pour le système capitaliste, la marchandise (ou le service) résultant de la production n’est jamais assurée à l’avance de correspondre à un besoin ; elle va le vérifier lors de la vente sur le marché (c’est ce qui explique les cycles et les crises du capitalisme).

Par construction, le capitalisme provoque des crises.

Entre 1789 et 1939 par exemple, on ne compte pas moins de 15 crises qui sont toutes des crises de « surproduction » (les capacités de production ont été trop développées par rapport à la capacité d’absorption du marché).

Elles se traduisent toujours par de la dévalorisation du capital entrainant des dégâts sociaux.
Leur origine vient de la difficulté d’ajuster correctement le volume de la production aux débouchés réels.

Aux XXe et XXIe siècles, les crises de surproduction ont été peu à peu remplacées par des crises financières.

Mais dans leur essence, les crises financières sont identiques aux crises économiques de surproduction, tant dans leurs causes que dans leurs conséquences.

Les crises économiques de surproduction apparaissent quand la production ne peut plus être écoulée par manque de solvabilité des marchés.

Quant aux crises financières, leur cause est également l’absence de liquidité du marché, c’est-à-dire un refus par les agents économiques d’acheter des titres financiers.

Ce refus n’est généralement pas provoqué par l’insolvabilité des acheteurs potentiels, mais par leur hésitation à d’acheter lorsqu’ils ne parviennent plus à mesurer le risque.

Ces crises interviennent toujours après des « bulles », c’est-à-dire des augmentations injustifiées des prix des titres financiers.

Les conséquences des crises financières sont identiques à celles des crises économiques de surproduction : ce sont les "petits" qui payent.

III.- Réponses à des objections habituelles sur le capitalisme

1- « Il est nécessaire de réunir beaucoup d’argent, qui s’appelle un capital, pour créer par exemple, une usine, a fortiori une industrie. Peut-on supprimer cette nécessité, et si oui, comment ? Par quoi remplacer ce besoin de réunir de l’argent (qui se transforme en actions) pour investir ? Tant qu’une société fonctionne avec de l’argent (qui est transformable en monnaie), comment éviter ce passage ? Est-ce cela qui se nomme capitalisme ? Peut-on éviter de réunir du capital ? On revient à la case départ : être anticapitaliste, c’est quoi. »

Un raisonnement habituel assimile le capitalisme au capital. Cela parait logique, en effet, mais c’est inexact. Le capitalisme ne se définit pas par l’existence de capitaux (il en existait dans le mode de production féodal et dans le capitalisme d’Etat en URSS), mais par la propriété privée des grands moyens de production, d’échange et d’information. Actuellement, il faut évidemment un capital pour lancer une entreprise privée, mais aussi un service public ou une entreprise nationale. Deuxième erreur : un capital investi dans une entreprise ne se transforme pas nécessairement en actions.

2- « Qu’est-ce qu’être anticapitaliste ? »

Être anticapitaliste c’est :

• Rejeter le système de la propriété privée des grands moyens de production, d’échange et d’information qui est, dans le principe, attentatoire à la souveraineté populaire et nationale, et qui ronge la démocratie en dépossédant les hommes du choix des productions, le capital décidant de tout.

• Rejeter l’exploitation de l’homme par l’homme, car le profit réalisé par le capitaliste ne vient que d’une seule eu unique source : le travail humain exploité, qui sépare travail manuel et intellectuel, qui morcelle l’individu dont une infime partie de lui-même, seulement, est mobilisée pour la production.

• Rejeter l’extension sans fin de la sphère marchande dont le but n’est de produire que pour réaliser du profit, indépendamment des besoins des hommes.

• Rejeter les inégalités et les dégâts sociaux provoqués par les crises à répétition du capitalisme.

• Rejeter les guerres commerciales et les guerres tout court inhérentes au capitalisme.

• Rejeter les crises financières et le massacre de l’environnement.

3- « Si aujourd’hui on faisait un sondage sur le capitalisme, il y aurait certainement beaucoup de gens qui se déclareraient contre. Mais cela ne prouverait pas qu’ils veulent le socialisme. C’est une erreur de croire que lorsqu’on est contre quelque chose, on est donc pour son contraire. »

Personne ne sait si davantage de gens seraient aujourd’hui, plus qu’hier, contre le capitalisme. En tout cas, il est vrai qu’être contre le capitalisme ne signifie pas être nécessairement pour le socialisme. D’autant que la notion de socialisme est particulièrement floue pour l’instant et qu’il apparaît difficile de parler DU socialisme. Quoi qu’il en soit, quelqu’un qui a compris les ressorts du capitalisme et son principe d’exploitation de l’homme par l’homme est mieux préparé à lutter pour un autre système.

4- « Il ne faut pas se tromper de perspective, les Français répondent par rapport à leur expérience. C’est le capitalisme d’aujourd’hui, dominé par la sphère financière, qui les fait réagir, et non le système de production du XIXe siècle. ». C’est donc bien le néolibéralisme qui fait réagir ».

On voit par cette remarque combien l’accent mis exclusivement sur le néolibéralisme a pu entrainer de confusions. Car le néolibéralisme recouvre une idéologie et une politique visant à relégitimer le capitalisme et à lui permettre une nouvelle extension décisive grâce à la mondialisation. Pourquoi ne pas le dire et se limiter au seul aspect idéologique, en masquant le soubassement matériel qui est la réorganisation du capitalisme ? Si les gens réagissent au néolibéralisme c’est très bien, c’est une première étape, mais il n’y a aucune raison d’en rester là et de ne pas expliquer les choses dans toute leur vérité. Quant au capitalisme, il ne se réduit pas au système industriel du XIXe siècle, il a pris des formes nouvelles aux XXe et XXIe siècle.

5- « La nationalisation des moyens de production est-elle l’inverse du capitalisme, ou une autre forme de capitalisme ? Cette nationalisation est-elle la réponse adéquate ? »

L’ « inverse » du capitalisme n’est pas la nationalisation des moyens de production, mais la propriété sociale des moyens de production, d’échange et d’information. Du moins les grands moyens de production. La nationalisation n’est qu’une forme, parmi d’autres, de propriété sociale des organisations productives.

Au total, les caractéristiques intrinsèques du capitalisme sont les mêmes au XXIe siècle qu’au XIXe, toute l’évolution suivie depuis deux siècles ne fait que renforcer la nécessité de changer de système. Cette évidence rend encore moins compréhensible le mutisme d’une grande partie de la gauche vis-à-vis du capitalisme et du socialisme.

A cet égard, l’accent mis exclusivement sur le néolibéralisme a servi de cache-sexe au capitalisme et a entrainé de profondes confusions. Car le néolibéralisme recouvre une idéologie et une politique visant à relégitimer le capitalisme et à lui permettre une nouvelle extension décisive grâce à la mondialisation. Pourquoi ne pas le dire et se limiter au seul aspect idéologique, en masquant le soubassement matériel qui est la réorganisation du capitalisme ? Combattre le néolibéralisme est nécessaire, c’est une première étape, mais il n’y a aucune raison d’en rester là et de ne pas expliquer les choses dans toute leur vérité.

Si le capitalisme du XXIe siècle a évolué par rapport aux capitalismes du XIXe et du XXe siècle, le socialisme du XXIe siècle ne doit pas être non plus ceux des XIXe et XXe siècles.

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