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Par Jacques nikonoff

Le 27 février 2009

Le terme « socialisme » apparaît durant les années 1830 en Grande-Bretagne et en France, définissant un « système d’harmonie et de coopération mutuelle », pour s’opposer à la société individualiste où règnent la concurrence et l’argent.

Dès 1831, les saint-simoniens avaient utilisé le terme « socialiser » à propos de la propriété, au sens de rendre public.

En 1832, le docteur Guépin publie un Traité d’économie sociale où il parle de « socialiser la propriété foncière qui a un caractère féodal », ainsi que « les moyens de communication et de distribution des produits, les titres de crédit et les banques ».

A l’instar du système capitaliste, le socialisme possède des « invariants », c’est-à-dire des caractéristiques qui traversent le temps et l’espace.

Leur étude ne fait que renforcer l’enthousiasme à promouvoir un socialisme du XXIe siècle, dont l’un des premiers à parler a été le président vénézuélien Hugo Chávez.

On peut repérer 6 « invariants » qui sont autant de thèmes fondateurs des socialismes :

• L’exigence morale du socialisme
• L’égalité
• Les alliances nécessaires au processus de prise de pouvoir et à l’exercice du pouvoir
• La démocratie
• La République
• L’internationalisme

I.- L’exigence morale du socialisme

Le mouvement socialiste, en tout premier lieu, est un regard critique porté sur la société.

Il s’appuie sur des valeurs morales universelles qu’il oppose aux pratiques inhumaines du capitalisme provoquant la misère et le sort intolérable fait notamment aux ouvriers, au moment où le luxe des classes privilégiées s’étale avec arrogance.

Le mot socialiste s’oppose au mot individualiste.

Le but de cette dénonciation n’est pas la seule compassion ou le simple témoignage, elle est d’abord une volonté morale d’améliorer la société.

Celle-ci est analysée par les différentes écoles socialistes et le système est qualifié de « capitalisme », dans le sens où sa raison d’être est la fructification du capital par la marchandisation aussi étendue que possible des activités sociales.

Si ce système doit et peut être amélioré par les luttes sociales puis, à partir de la fin du XIXe siècle par leur articulation aux processus électoraux, il ne peut changer de nature.

C’est pourquoi il faut le remplacer par un autre système : le socialisme.

II.- L’égalité

La conséquence logique de l’impulsion morale initiale du socialisme est la recherche de l’égalité.

L’égalité des hommes devient le fondement du mouvement socialiste, son but, ses fins, traduits dans les programmes politiques et influençant les propositions d’ordre économique et social.

La « question sociale », au XIXe siècle, est ainsi mise sur le devant de la scène afin d’éradiquer la misère des paysans et des ouvriers.

Elle recouvre deux aspects : l’emploi et le partage des biens.

Dès les premiers socialistes, le travail a été placé au centre de la société.

Cela peut paraître paradoxal à une époque où le travail des enfants était généralisé, où le droit du travail n’existait pas, et où l’exploitation et l’aliénation connaissaient des sommets.

Justement !

Ce massacre des hommes, des femmes et des enfants au travail, qui était leur seule source de revenu, nécessitait une réponse radicalement audacieuse.

C’est pourquoi l’idée du travail pour tous a mûri peu à peu, d’abord pour des raisons sociales, au point d’en faire un aspect essentiel de tout programme socialiste.

Mais placer le travail au centre de la société n’avait pas qu’un but social, il y avait également une interrogation sur le but de la production.

La production n’intéresse le capitalisme que dans la mesure où elle rapporte un certain taux de profit privé, pouvant à nouveau se placer avec un intérêt suffisant pour accumuler le capital.

C’est cette logique que les socialistes, dès le départ, ont voulu briser pour mettre la production au service de politiques d’égalité : la production devait servir à répondre aux besoins sociaux.

Hormis le travail pour tous afin de produire pour la satisfaction des besoins de la société, l’égalité implique d’organiser le partage des biens.

C’est ainsi que la « collectivisation » (ou « appropriation sociale ») des grands moyens de production figure dans la plupart des conceptions socialistes.

D’autres domaines de l’activité économique se sont ensuite ajoutés : la collectivisation des moyens d’échange et d’information.

Evidemment, les expressions « collectivisation » et « appropriation sociale » peuvent aujourd’hui surprendre, voire choquer, mais elles expriment clairement ce dont il s’agit : rendre collectif ce qui est privé.

C’est en grande partie pour avoir oublié la centralité de la question du travail et de la propriété que la gauche est aujourd’hui en crise.

D’autant qu’au lieu de créer l’emploi pour tous car elle n’y croyait pas, elle a divisé la société en menant des politiques « ciblées » sur certains publics, autorisant certains à avoir un emploi et pas d’autres.

Au lieu de collectiviser, elle a nationalisé, c’est-à-dire qu’elle a historiquement opté, en France, pour l’étatisme et le corporatisme.

La gauche ne pourra relever la tête qu’en comprenant que l’emploi et la propriété sont à la base de toutes les inégalités d’avoir, de pouvoir, de savoir et de valoir.

Amoindrir la puissance des classes dominantes est également un objectif politique de la propriété sociale.

Celle-ci permet d’étendre les capacités et les forces des salariés, de créer des points d’appui solides pour une démocratisation économique et sociale afin de mener des politiques d’égalité.

Il faut, en effet, arracher tout le capital aux classes dirigeantes, les priver de leur oxygène.

De ces différentes considérations découlent des mesures programmatiques proposées par les différentes écoles socialistes, telles que l’impôt progressif ou l’abolition de l’héritage.

III.- Les alliances nécessaires au processus de prise de pouvoir et à l’exercice du pouvoir

En politique, les alliances revêtent deux formes simultanées et complémentaires.

D’une part, les alliances s’effectuent entre forces et partis politiques.

Des accords, programmes, déclarations peuvent être signés ou proclamés, des listes et candidats communs présentés aux élections.

D’autre part, les alliances peuvent s’effectuer entre classes et catégories sociales.

Mais cette seconde forme d’alliances est beaucoup plus complexe que la première.

En réalité, ce ne sont pas les classes sociales qui passent des alliances entre elles, mais des partis politiques qui prétendent les représenter ou même les incarner.

Au-delà de l’alliance entre partis, il peut y avoir « alliance » entre classes sociales si les programmes de ces partis répondant aux préoccupations des catégories sociales en question.

Or, surtout pour certains communistes, la diminution quantitative et qualitative de la classe ouvrière dans certains pays occidentaux comme la France (ce n’est pas vrai à l’échelle mondiale) – au point où ces militants doutent désormais de la pertinence du vocable de classe – supprimerait toute possibilité d’avancée socialiste.

Des dirigeants du PCF considèrent par exemple que face à la classe capitaliste, il n’existerait plus de classe opposée spécifiquement porteuse d’un potentiel révolutionnaire comme l’était la classe ouvrière.

L’ « embourgeoisement » de ce qui reste de la classe ouvrière et son intégration idéologique signifieraient que le socialisme est définitivement condamné.

Ce raisonnement est logique pour des communistes qui ont cru que seule la classe ouvrière était « révolutionnaire ».

Mais précisément, c’était une croyance renforcée par le caractère « scientifique » du marxisme.

Chez beaucoup de communistes, il y a eu une mythification de la classe ouvrière qui a joué un rôle messianique.

On comprend que la disparition du « messie » déstabilise les raisonnements et fait obstacle à un regard lucide devant être porté sur la réalité.

La classe ouvrière en 1866, quelques années avant la Commune de Paris, est ainsi évaluée à 2,9 millions d’ouvriers.

Elle est dispersée géographiquement (sauf à Paris où il y 600 000 ouvriers pour 1,8 million de personnes), peu concentrée dans de petites unités de production, très hétérogène.

Par exemple en matière de salaire, en 1840, une femme gagne 0,50 franc par jour ; le métallurgiste parisien le plus qualifié va gagner 5 francs par jour ; le coutelier de province 1 franc par jour ; les enfants de 10 ans 0,30 francs.

Cette hétérogénéité a toujours marqué la classe ouvrière, hier comme aujourd’hui.

On a beaucoup entendu dire que Marx avait attribué un « rôle historique » à la classe ouvrière.

C’est inexact, il n’y a pas de définition des classes sociales dans les classiques du marxisme, sauf chez Lénine.

On a dit que c’était la seule classe qui était « objectivement » conduite, non à substituer une domination de classe à une autre, mais à abolir toute domination de classe.

Tout cela n’est que du verbe et ne correspond à rien, sauf à donner une surface politique et électorale aux partis communistes naissants qui avaient besoin de se distinguer des partis sociaux-démocrates.

Pour ceux qui y croient encore, il est urgent de renoncer à la croyance du rôle dirigeant de la classe ouvrière.

Si les ouvriers ont un intérêt particulier au changement, et qu’ils ont une place stratégique dans le processus de production qui peut leur permettre de paralyser le capitalisme et de créer de nouvelles organisations productives remplaçant les entreprises connues actuellement, ils ne peuvent demander aux autres classes sociales de se rallier.

En procédant à cette mise à jour, les esprits se libèreront d’un poids et pourront, à nouveau, envisager avec espoir la perspective du socialisme.

Car la question de la mise en mouvement de forces sociales, à partir de leur rôle dans la production (ou plus exactement dans l’activité économique), reste évidemment cruciale.

Quelles sont les classes et catégories sociales d’aujourd’hui qui auraient intérêt à une transformation socialiste de la société ?

Bien sûr, tout va dépendre du type de socialisme qui sera proposé.

Admettons que le critère, pour l’instant, soit celui de leur intérêt « objectif », indépendamment de leur opinion politique.

La première catégorie est celle des employés, qui représente en 2005 29,1 % des actifs occupés en France, soit 7,2 millions de personnes.

Viennent ensuite les ouvriers, qui « pèsent » 23,9 %, soit 5,9 millions de personnes.

La troisième catégorie la plus nombreuse est celle des « professions intermédiaires ».

Deux tiers des membres de ce groupe occupent effectivement une position intermédiaire entre les cadres et les agents d’exécution, ouvriers ou employés.

Les autres sont intermédiaires dans un sens plus figuré : ils travaillent dans l’enseignement, la santé et le travail social.

Ils sont instituteurs, infirmières, assistantes sociales, techniciens, contremaîtres, agents de maîtrise...

Les cadres et professions intellectuelles supérieures comptent pour 14,7 % (3,6 millions), et les artisans, commerçants et chefs d’entreprises pour 6 % (1,5 million).

L’immense majorité des employés et ouvriers, qui représentent 13,1 millions de personnes (53 %), ont un intérêt « objectif » à un changement de système.

On peut y ajouter une bonne partie des professions intermédiaires, par exemple des cadres, techniciens, agents de maitrise, mais surtout des enseignants et personnels de la santé.

On observe en effet une banalisation des fonctions d’encadrement, une précarisation de leur place dans la société et dans l’entreprise, et souvent une solidarité de fait avec les autres salariés notamment lors des plans de licenciement.

Un nouveau « bloc historique » est à construire, c’est-à-dire une « alliance » entre différentes classes sociales intéressées à une lutte immédiate contre le capitalisme pour, dans le cadre de ce système, obtenir un certain nombre d’avancées, mais aussi pour s’engager dans un mouvement pour un socialisme du XXIe siècle.

Le cœur de ce nouveau « bloc » ne peut qu’être constitué des employés et ouvriers d’aujourd’hui : ils ont le plus intérêt au changement car ils sont les plus exploités ; ils sont les plus nombreux ; ils n’ont pas de raison objective de limiter la domination du capital car, dans leur immense majorité, ils n’en récupèrent pas même les miettes.

Il faut avant tout rassembler la masse des salariés, qui ont d’évidents intérêts communs face à la classe capitaliste qui achète leur force de travail sur le « marché de l’emploi ».

Au cœur de ce « bloc » doivent s’adjoindre logiquement une bonne partie des professions intermédiaires, dont beaucoup sont des salariés (des cadres, techniciens, agents de maitrise, enseignants, personnels de la santé...).

Une partie des petits agriculteurs, petits commerçants, petits artisans et même petits chefs d’entreprise ont également intérêt à rejoindre cette alliance.

Tout dépendra de son programme et de sa manière de faire.

Les convergences objectives d’intérêt entre l’immense majorité des travailleurs salariés et la petite bourgeoisie non-monopoliste et non salariée qui, même si ses effectifs sont en régression, représente encore une force sociale considérable (artisans, paysans travailleurs, marins-pêcheurs, professions de santé « libérales », petits commerçants, petits patrons de l’industrie et du bâtiment...) sont indispensables à plusieurs titres.

Elles sont nécessaires pour la dynamique politique qu’elles sont susceptibles d’entrainer, et pour l’arithmétique électorale.

Mais elles sont vitales pour la suite des opérations, c’est-à-dire la « décapitalisation » de la société et la construction concomitante d’un socialisme du XXIe siècle.

Si ce socialisme n’est pas conçu comme une étatisation généralisée, que la propriété privée aura encore une large place (hormis les grands moyens de production, d’échange et de communication), que les mécanismes du marché demeureront dans de nombreux domaines : il y aura besoin de ces classes sociales de petits producteurs.

Elles ont une très grande importance pour répondre à la question centrale de toute transformation sociale véritable.

Mais pour parvenir à mettre en œuvre cette stratégie, un certain nombre de vieux concepts du socialisme doivent être abandonnés.

Il en est ainsi de l’idée d’une classe d’avant-garde rassemblant autour d’elle des classes et couches sociales alliées.

Il en est également de la distinction entre « travail productif » et travail de « collecte de la plus-value capitaliste » à laquelle il faut renoncer : elle n’a jamais servi à rien, sauf à entretenir des discussions infinies et stériles.

Aucune classe sociale particulière ne doit avoir un rôle spécial dans cette alliance, auxquelles les autres devraient se rallier.

IV.- La démocratie

Au départ, les premiers socialistes ont mis la démocratie au cœur de leurs réflexions.

Historiquement, le « socialisme » soviétique n’est qu’une déviation d’un idéal qui portait les valeurs exactement inverses.

Dans son essence, en effet, le socialisme ne peut être que démocratique.

Si on se fixe pour point de départ la chronologie des idées socialistes, l’exigence démocratique ne concernait pas d’abord la sphère politique comme aujourd’hui.

Elle concernait la sphère économique et principalement le travail.

Les premiers socialistes, suivis par certains des socialismes de la maturité, prônaient la libre association des travailleurs, dégagés de la tutelle des « patrons » et de l’Etat.

Ils étaient pour généraliser le principe d’association, d’abord par le syndicalisme et le mutualisme, mais aussi en autorisant et en encourageant les expérimentations les plus variées.

L’idée de ne pas tout régenter dans la vie économique a toujours été présente dans la pensée socialiste.

L’origine de ces conceptions est à rechercher dans une « culture » de gauche, salutaire, comme l’expérience de l’histoire l’a démontré, qui se méfie des hiérarchies et de l’autorité.

C’est pourquoi le socialisme a toujours été ambigu envers l’Etat, cette ambigüité expliquant en partie les déformations soviétiques et les processus d’étatisation dans les pays occidentaux quand la gauche était au pouvoir.

L’équilibre n’a jamais pu être tenu entre la rôle nécessaire de l’Etat dans la réforme sociale afin de mener des politiques d’égalité, et la tout aussi nécessaire subversion de l’État.

La démocratie, de surcroit, comme en témoigne le « conseillisme » d’une bonne partie du mouvement socialiste, a également été conçue comme fin et comme moyen de l’ordre politique.

V.- La République

Le cadre général d’action des gouvernements inspirés par le socialisme, du moins en France, a toujours reposé sur le modèle républicain : laïcité, école publique gratuite et obligatoire, Etat social, souveraineté nationale et populaire.

VI.- L’internationalisme

Très vite, l’internationalisme est devenu une valeur des mouvements socialistes. Mais l’ambigüité a toujours été présente : des socialistes ont soutenu des guerres injustes (le Première Guerre mondiale) ; ont refusé des guerres justes (la Seconde Guerre mondiale) ; ont considéré que le colonialisme correspondait aux valeurs universelles du socialisme.

Les Internationales, de la Ie à la IIIe, ont toujours été décevantes.

Il n’empêche que l’articulation entre les luttes nationales des différents pays et les rapports de force à l’échelle internationale restent plus que jamais d’actualité.

Au total, les bases sociales du socialisme sont toujours présentes.

Non seulement le capitalisme mondialisé contemporain n’a pas convaincu, mais il a ajouté de nouvelles raisons à la nécessité de son remplacement.

De son côté, l’idée d’un socialisme pour le XXIe siècle commence à se développer, et l’on pressent déjà le puissant souffle qu’elle inspire.

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