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Article rédigé par Jacques Nikonoff, le 10 mai 2004.

Le chômage et précarité sont la cause d’innombrables dysfonctionnements de la société. Il est donc vital d'agir de façon globale et massive, systémique, plutôt que d'intervenir sur les conséquences.

Perte de revenus

Pouvant aller, dans un ménage, de 25 % jusqu’aux minima sociaux pour les personnes en fin de droits. L’instabilité financière – c’est-à-dire l’irrégularité des revenus – touche 24 % des ménages (1).

Exclusion

Elle concerne plusieurs aspects (social, politique, économique), et possède aussi un caractère dynamique car généralement plusieurs exclusions se cumulent (travail, revenu, logement, santé, famille…).

Dégradation de l’éducation des enfants

Alimentation, habillement, confort, espace habitable, prévoyance santé, soutien scolaire, loisirs, sport, culture, vacances…

Surendettement

Il aboutit, dès la suspension de paiement, au déclenchement des procédures de recouvrement (rappel, intervention des huissiers de justice, saisies diverses).

Stress dans les entreprises

L’insécurité de l’emploi, la concurrence, l’aggravation des conditions de travail, les menaces de licenciements ou de délocalisation augmentent la pression sur les salariés. L’Union européenne estime à 20 milliards d’euros par an les coûts engendrés par le stress au travail, alors que l’Organisation internationale du travail (OIT) les fixe à 3% du PIB de l’Union, 57% des actifs déclarent travailler dans des conditions stressantes (2).

Sentiment d’insécurité

Perte d’identité liée à la perte du statut social, remise en question de soi-même, baisse de l’estime de soi, dévalorisation et culpabilisation.

Pauvreté

Selon l’INSEE, 5,5 millions de personnes sont pauvres en France (3).

Divorces

Les chômeurs sont deux fois plus nombreux à vivre dans une famille monoparentale ; le nombre de personnes en instabilité conjugale augmente de 64% si l’un des conjoints est au chômage ; un chômeur a 2,3 fois plus de risques de divorcer qu’une personne n’ayant jamais connu le chômage (4).

Difficultés pour les jeunes

36% des bac +5 ne sont pas cadre et occupent des emplois d’exécution ; 44% seulement ont été embauchés à durée indéterminée. Jusqu’à bac +4, la moitié de ces jeunes gagne moins de 8 500 F brut par mois, 52% sont moyennement ou pas satisfait de leur emploi.

Plus forte proportion de suicides

Selon l’Institut national des études démographiques, « Le suicide – dont on observe une dangereuse progression – est lié à la montée du chômage et de la précarité ainsi qu’au relâchement des liens familiaux ». Le chômage est l’un des facteurs saillants associé aux suicides ou tentatives de suicide, dont les risques de décès doublent pour les chômeurs (5).

Dégradation de l’état de santé

Le Haut comité de la santé publique s’alarme des dégâts de l’exclusion sur la santé. La précarité, c’est-à-dire l’absence d’une ou de plusieurs sécurités, touche en France de 20 à 25% de la population, soit de 12 à 15 millions de personnes. Entre 400 000 et 600 000 enfants de moins de 6 ans vivent dans un ménage sous le seuil de pauvreté (6).

Ce même Haut comité estime que l’espérance de vie, pour les pauvres, risque de baisser (7). Les chômeurs sont plus souvent que les salariés victimes de troubles physiques et psychiques comme le montre une étude effectuée par des médecins de l’Institut régional pour la santé de Tours (8) : fréquence accrue de tabagisme, excès d’alcool, troubles du sommeil, maux de tête, douleurs d’estomac et un recours régulier aux médicaments. « A travail précaire, santé précaire », disent des chercheurs du CNRS (9).

Le recours à la sous-traitance, à l'intérim et aux travailleurs précaires pour effectuer les travaux dangereux ou insalubres devient une véritable stratégie de certaines entreprises. Les précaires ont deux fois plus d'accidents du travail que les autres salariés, et ces accidents sont en moyenne deux fois plus graves. Les risques de décès des chômeurs par maladies cardio-vasculaires et rénales augmentent de 50%.

Aggravation des difficultés de l’école et des familles

Selon une équipe de chercheurs (10), « Il ne peut y avoir développement d'un quartier sans développement intellectuel et culturel de ses habitants. On ne saurait le "réhabiliter" et le "requalifier" sans mettre au premier plan la réhabilitation et la qualification de ceux qui y vivent » poursuivent ils. « En prônant "l'école lieu de vie", en proposant des activités socio-éducatives tous azimuts, en ouvrant l'école à tous les services locaux (culturels, sociaux, sportifs, sanitaires, psycho-médicaux), elle relègue de fait à l'arrière-plan, les objectifs cognitifs et les apprentissages scolaires, elle tend à faire de l’établissement scolaire en ZEP un équipement polyvalent de quartier ».

Selon un rapport de l'Inspection générale de l'Éducation nationale (11), de plus en plus d'adolescents sont victimes de malnutrition, de manque de soins, de difficultés familiales graves. De 10 à 30% des élèves vivent dans des familles monoparentales. Or, bien souvent, l'éclatement de la structure familiale se conjugue avec la dégradation de la situation économique. L'addition de ces deux phénomènes « provoque une déstabilisation grave des élèves ». Certaines familles n'ont même plus les moyens de faire face aux dépenses de santé de leurs enfants. Dans certains établissements scolaires du Val-de-Marne, « on compte entre 50 et 70 passages par jour à l'infirmerie ».

Même écho pour les cantines scolaires où des responsables constatent la sous-alimentation d'un nombre croissant d'enfants. Une étude de l’Académie de Nice (12) montre que le nombre d’enfants inscrits dans les cantines scolaires a baissé de 12%.

Dégradation de la situation dans certaines cités de banlieue

Un rapport publié en 1995 par Banlieuescopies (13) a souligné – une fois de plus – la dégradation dramatique de la situation dans les cités les plus défavorisées. « Certes, il est indispensable de repeindre les façades, de réparer les ascenseurs et les boîtes à lettres, d'entretenir les pelouses, d'améliorer les transports et les logements. Et il ne suffit pas d'ajouter quelques zestes d'animation socioculturelle pour faire une politique de développement social. On doit organiser des matchs de foot, installer des aires de jeux (la mode est aux paniers de basket), construire des murs à escalade, engager des éducateurs et des îlotiers... à condition de savoir que tout cela reste à la surface des choses. Le problème numéro un des quartiers sensibles est celui de la réussite scolaire et de l'emploi des jeunes » (14).

Désarmement des conflits sociaux

Depuis le début des années 80, le nombre des conflits sociaux s’est réduit parallèlement à la montée du chômage. Les seules grèves d’importance ont désormais lieu dans le secteur public et national. La baisse de la conflictualité sociale n’est pas une bonne chose : elle affaiblit les contre-pouvoirs et donc la démocratie, renforce les sentiments de peur et de frustration.

Déséquilibre des finances de l'État

Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les déficits publics qui provoquent le chômage. C’est l’inverse : le chômage crée les déficits publics. Le chômage pèse à la fois sur les recettes et les dépenses publiques. Avec plus de 5 millions de chômeurs, il manque plusieurs dizaines de milliards d’euros de recettes fiscales.

Selon une étude (15), les dépenses directes de la politique de l’emploi s’élevaient en 1998 à au moins 438 milliards de francs :

  • indemnisation du chômage (118,20 milliards) ;
  • retrait et incitation à l'activité, maintien de l'emploi (23,56 milliards) ;
  • promotion et création d'emploi (69,76 milliards) ;
  • exonérations non compensées (15,1 milliards) ;
  • fonctionnement du marché du travail (10 milliards) ;
  • dépenses pour l’emploi des collectivités locales (22,66 milliards) ;
  • actions des ministères en faveur de l'emploi, autres que celles du ministère du Travail (1,23 milliard) ;
  • dépenses de revenus de remplacement liés à de l'inactivité (32 milliards) ;
  • réductions de charges sociales patronales (42,72 milliards) ;
  • formation pour les chômeurs (35,85 milliards) ;
  • compensations versées aux collectivités locales (59,88 milliards) ;
  • Fonds social européen (7,7 milliards).

Il existe deux types de manques à gagner fiscaux immédiats, la CSG et la CRDS : 16,473 pour la CSG et 2,422 pour la CRDS. Les manques à gagner immédiats que l’on peut calculer mais avec une marge d’incertitude. Un calcul a été réalisé, en 1992, portant sur l’année fiscale 1991, par le ministère du Travail (16) : impôt sur le revenu (49,34) ; TVA (28,12).

Difficultés pour le logement

L’État, face à la faiblesse des ressources d'un nombre grandissant de personnes, est tenu d'aider le secteur du logement. Par exemple, il existe d’importantes aides à la personne proposées aux locataires ainsi que des aides à la pierre. Les HLM accueillent de leur côté une part croissante de familles modestes, ce qui est leur vocation. Mais 22% des locataires sont sous le seuil de pauvreté, le quart des chômeurs résident en HLM ainsi que 165 000 RMIstes, sans compter ceux qui sont hébergés chez des parents ou des amis (17). Il n'est donc pas étonnant que les comptes du secteur HLM ne cessent de se dégrader.

Les enchaînements sont alors pervers : déficits des offices HLM, dégradation de l'entretien et impossibilité de réparer, déménagement des familles encore solvables qui ne veulent plus vivre dans cet environnement, remplacement par des personnes en difficulté, nouveaux déficits... blocage du marché immobilier, diminution du nombre des constructions, réduction des effectifs dans le bâtiment...

Menaces sur la Sécurité sociale

Avec plus de 5 millions de chômeurs et 12 millions de travailleurs précaires, les régimes sociaux voient inéluctablement leurs recettes baisser et leurs dépenses augmenter. Les recettes baissent mécaniquement car il y a moins de cotisants. Les dépenses augmentent, car la souffrance de la société génère des coûts.

Les manques à gagner immédiats et chiffrables de cotisations sociales s’élevaient à 294,65 milliards de francs en 1998 : cotisations UNEDIC (42,79 milliards) ; cotisations de Sécurité sociale (200,09 milliards) ; cotisations de retraite complémentaire (31,88 milliards) ; autres cotisations sociales patronales (19,89 milliards).

Considérant que rien ou peu  n'est possible contre le chômage, les politiques publiques tentent de régler les problèmes de société séparément les uns des autres. Pourtant, le chômage est la cause directe ou indirecte de la plupart des difficultés. Il faut au contraire agir de façon globale et massive systémique  sur la cause principale des dysfonctionnements de la société : le chômage.

1. Les Échos, 14 août 1997.

2. Les Échos, 5 mars 1998.

3. AFP, 18 décembre 1997.

4. Odile Benoit-Guilbot, Chômeurs de longue durée, Actes Sud, 1992.

5. Louis Chauvel, « L’uniformisation du taux de suicide masculin selon l’âge : effet de génération ou recomposition du cycle de vie ? », Revue Française de Sociologie, n°38, 1997.

6. Le Monde, 23 février 1998.

7. Libération, 22 février 1998.

8. Les Échos, 13 juin 1994.

9. Le Monde, 12 octobre 1994.

10. Gérard Chauveau et Éliane Rogouas-Chauveau, chercheurs au CRESAS-INRP, in Le Monde, 17 décembre 1992.

11. Le Figaro, 21 mars 1996.

12. L’Humanité, 9 septembre 1996.

13. Le Monde, 2 mars 1995.

14. Gérard Chauveau et Éliane Rogouas-Chauveau, chercheurs au CRESAS-INRP, in Le Monde, 17 décembre 1992.

15. Jacques Nikonoff, Chômage : nous accusons, Arléa, 1998.

16. Premières Synthèse, novembre 1994.

17 Les Échos, 6 et 7 octobre 1995.

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